Tel Kalakh, l’un des derniers bastions rebelles dans le gouvernorat de Homs, est tombé mercredi. Depuis la prise de Qousseir, le 5 juin dernier, l’armée syrienne engrange les succès militaires contre l’insurrection. Cependant, l’assaut des forces régulières contre Alep, dans le nord du pays, auquel se préparent les rebelles depuis deux semaines, ne se concrétise pas. Mais peut-être le nord n’est-il pas la priorité de Bachar el-Assad aujourd’hui.

Depuis le printemps, l’état-major syrien a concentré ses opérations autour de Damas et dans la province de Homs. Il s’est acharné sur les foyers d’insurrection qui menacent la continuité du territoire qu’il contrôle désormais dans le centre et l’ouest du pays, comme pour établir un réduit fortifié d’où il serait indélogeable. Cette stratégie, si elle aboutissait, pourrait conduire à terme à la partition du pays, un scénario dont l’opposition ne veut pas entendre parler.

Tel Kalakh, à moins de 10 kilomètres de la frontière libanaise, a longtemps constitué pour la rébellion un point de passage vers le Liban. Mais depuis que la milice chiite du Hezbollah a pris position partout dans le nord de la Beqaa, au Pays du Cèdre, et surtout depuis qu’elle combat aux côtés de l’armée régulière syrienne, le village de Tel Kalakh se retrouvait isolé dans le camp adverse. Il ne pouvait résister plus longtemps.

«Nettoyage ethnique»

«Damas construit un sanctuaire sécurisé, autour du Liban où le Hezbollah fait la loi, qui comprendrait les monts Ansarieh et tout le bastion alaouite, la capitale et les régions où vivent minorités chrétiennes et druzes. Il est en passe de réaliser cet objectif et, depuis la chute de Tel Kalakh, contrôle presque toute la frontière syro-libanaise», déplore Burhan Ghalioun, membre du directoire de la Coalition nationale de l’opposition syrienne. Les combats les plus meurtriers ont lieu depuis dix jours à l’intérieur de ce périmètre: à Rastane, localité près de Homs, assaillie sous les bombes de l’armée régulière; dans la périphérie de Damas, où des opérations d’envergure sont menées pour écraser l’insurrection; enfin à Zabadani, petite ville assiégée à l’ouest de la capitale. «Après chaque reconquête, que ce soit un village ou une campagne, les militaires se livrent à un nettoyage ethnique dans la perspective d’établir un réduit absolument homogène et sûr», ajoute Burhan Ghalioun.

La ligne de front qui entoure cette grande région où Bachar el-Assad construit son sanctuaire pourrait se consolider, mais certainement pas se pacifier, décrypte Rami Abdel Rahmane, président de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH): «Le régime garde des places fortes en dehors de son réduit, Alep et Idlib par exemple, qu’il n’est pas près d’abandonner. La ligne de démarcation ne sera jamais continue et stable, car aucun des deux camps ne peut se satisfaire de la partition du pays.» Autre obstacle à l’établissement de deux zones distinctes, le mécontentement couve même au sein des régions dans le giron du gouvernement. «Tous les alaouites ne sont pas derrière Bachar el-Assad qui ne peut pas déployer partout ses hommes. Il ne pourra jamais éradiquer la contestation parce qu’elle est généralisée», précise Rami Abdel Rahmane.

Les Russes s’en vont

L’équilibre des forces a pourtant changé au profit du gouvernement, concède Burhan Ghalioun: «Après avoir sécurisé le gouvernorat de Homs, les troupes du régime pousseront leur offensive vers le nord, vers Hama, et surtout autour de l’axe Homs-Alep. Mais elles ne pourront néanmoins pas reprendre tout le nord.» Quant aux rebelles, Burhan Ghalioun ne pense pas que le champ de bataille leur offrira la victoire définitive: «Les livraisons d’armes sont essentielles pour que l’Armée syrienne libre puisse défendre les régions qu’elle a conquises d’âpre lutte, mais elles ne suffiront pas. La guerre va durer longtemps.»

Signe que les Russes anticipent de féroces combats, ils auraient, selon le quotidien russe Vedomosti, rapatrié la plupart de leur personnel militaire et civil qui se trouvait encore en Syrie. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a cependant démenti mercredi l’évacuation de la base navale de Tartous, l’unique port en Méditerranée de l’armée russe.

Dans la province d’Alep, on se prépare d’arrache-pied à une offensive majeure. «Elle finira par arriver», avertit Abou Hassan qui combat dans la brigade Liwa al-Tawhid: «Il nous faut des armes au plus vite, faute de quoi nous aurons du mal à résister.» Dans la région, le front n’a pas significativement bougé depuis six mois. «Le drame, c’est que même si nous n’avançons pas, nous perdons quand même des hommes. Chaque jour, nous comptons nos morts et nos blessés. Presque pour rien.»