C’est une visite express qu’ont effectuée jeudi le président du Parlement européen et le premier ministre grec sur l’île de Lesbos, au large des côtes turques, qui est l’une des principales portes d’entrée en Europe des réfugiés. Arrivés à Mytilène à 9h30, Martin Schulz et Alexis Tsipras regagnaient l’aéroport à 11h30. Ils achevaient une séquence politique consacrée à l’accueil d’urgence des migrants, et à leur répartition sur le territoire de l’Union européenne (UE).

La veille, à peine débarqués à Athènes, Martin Schulz, le commissaire européen à l’Immigration Dimitris Avramopoulos, et le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn participaient, aux côtés d’Alexis Tsipras, et de son ministre de l’Immigration, Yannis Mouzalas, à une cérémonie pour la «relocalisation» de 30 réfugiés syriens et irakiens au Luxembourg. Le social-démocrate allemand visitait plus tard le centre d’accueil de Galatsi, en banlieue d’Athènes, où il a été chahuté.

Est-ce la raison pour laquelle la visite à Lesbos a été si courte? Les dirigeants avaient à craindre un autre mécontentement: celui des marins, en grève depuis lundi. Martin Schulz a dénoncé un mouvement syndical qui prend en otages les 50 000 migrants actuellement sur l’île.

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En octobre déjà, Alexis Tsipras avait été la cible de la population de Lesbos. Hier, une banderole tendue sur la mairie par des manifestants indiquait: «L’Egée est remplie de cadavres de migrants, Européens assassins.» «Nous demandons des passages sûrs, des voies légales, pour ces migrants», explique Christina Chatzidaki, de l’association Siniparxi-Epikoinonia qui leur vient en aide.

Au nord de Mytilène, devant le camp d’enregistrement et de tri (hotspot) de Moria, le premier centre d’accueil validé par l’UE construit en Grèce, Christina Chatzidaki arbore l’image d’une colombe blanche sur fond bleu quand arrivent les Mercedes transportant les deux personnalités politiques et leurs équipes. Ils n’auront eu le temps ni de voir, ni d’entendre les manifestants. Les grilles du campement de migrants s’ouvrent en grand et le convoi s’engouffre.

«J’ai froid»

Les bruits assourdissant d’une pelle mécanique et d’un marteau-piqueur retentissent. «Bientôt, nous aurons ici des bâtiments pour que les migrants soient au chaud», explique le chef des travaux. «Nous avons faim. Ma famille et moi n’avons pas mangé depuis trois jours que nous sommes ici», fait savoir Ali Ahmad, un Afghan de 26 ans, à l’adresse d’Alexis Tsipras. Le premier ministre et Martin Schulz écoutent. Puis continue la visite. Un gamin afghan les rejoint. Martin Schulz pose sa main sur sa tête. «J’ai froid», dit-il. Un bénévole lui apporte un anorak que lui enfile le président du Parlement européen: les flashes crépitent.

«La situation est dramatique», déclare Martin Schulz tout en mettant la pression sur la Grèce pour qu’elle crée de nouveaux hotspots. Il reconnaît qu’«ils ne fonctionneront que s’il y a aussi un système viable de répartition au sein de l’UE» et souligne que, «pour l’instant seuls huit pays y prennent part. Tous les migrants ne peuvent pas aller en Allemagne, en Autriche ou en Suède.» Quant à Alexis Tsipras, il rappelle que ce voyage avait pour objectif de «voir la réalité». Il s’en inquiète: «Un crime est commis en Egée, il doit être arrêté. Nous devons essayer de trouver des solutions à des problèmes qui dépassent nos capacités.»

Près de 210 000 migrants sont arrivés en Grèce en octobre dont 99 000 à Lesbos. Et moins de la moitié de l’aide d’urgence, financière et en personnel, promise à la Grèce serait parvenue, glisse Martin Schulz. «Le plus important est de négocier un accord honnête avec la Turquie», enchaîne le premier ministre. Les deux hommes se retrouveront prochainement à Malte pour évoquer ce sujet. «Ça me rappelle la crise de l’euro où nous enchaînions réunions sur réunions», confie l’Allemand aux journalistes. Une crise qui, elle aussi, est loin d’être résolue.