Le colonel Kadhafi est enfin apparu, à la télévision, depuis le début de l’insurrection alors que de violents affrontements se poursuivaient mardi en Libye et que des mouvements de contestation s’installaient mardi dans la durée au Moyen-Orient. Mais c’est la violence de la riposte du satrape de Tripoli qui indigne toute la presse.

«Des hommes armés tirent sans distinction. Il y a même des femmes qui sont mortes», dit un habitant de Tajoura, parlant de «massacre». C’est une répression meurtrière qui a sévi ces jours en Libye, à l’ulcération générale. Mais «hélas», écrivent la Tribune de Genève et 24 heures, Kadhafi n’est «pas du genre à partir sans avoir au préalable plongé son pays dans un épouvantable bain de sang», explique aussi la Neue Zürcher Zeitung. «De massacre en carnage, la terreur s’abat partout. […] Le dictateur brûle sa terre.» «Les opposants libyens, commente même La Gruyère, se font tirer comme des lapins à huis clos.» Désormais, on commence à parler de «génocide» dans un pays «au bord de la désintégration», juge Público au Portugal; au bord «de l’effondrement général», selon les mots du Daily Telegraph britannique. On annonçait un changement «brutal. Il est pire que tout», puisque des avions de combat tirent sur le peuple, s’indignent la Süddeutsche Zeitung et El Mundo en Espagne.

Ces «raids aériens sur des civils» sont inadmissibles, estime le Corriere della sera. «Kadhafi devra payer pour ces atrocités», juge le Washington Post. «Sommes-nous du bétail pour que vous puissiez vous permettre de vous transmettre le peuple en héritage de père en fils?» questionne le webzine libyen Watanona, qu’a lu et traduit Courrier international. «Kadhafi n’a plus qu’à se pendre», enchaîne le site internet tripolitain Shaffaf (Transparence), lequel a donné la parole à l’écrivaine saoudienne Wajiha Al-Huwaidar. Elle «dresse un portrait au vitriol du dirigeant libyen qui a réussi l’exploit d’être haï par son peuple, les autres dictateurs et les pays occidentaux». Un tableau historique proche de celui brossé par le Daily Star libanais.

Une «folie meurtrière», dit La Liberté de Fribourg, une «escalade de la force», titre le Spiegel, tandis que Le Quotidien jurassien accuse la «garde prétorienne toute dévouée au régime qui joue elle-même sa survie et qui n’hésite pas à tirer sur la foule». Jusqu’à «la guerre totale», juge le Standaard néerlandais. Si le Hamburger Tagblatt n’exclut pas que Kadhafi – ce «chien enragé», dit le Vancouver Sun – puisse renoncer au pouvoir, il pense aussi possible qu’un de ses fils lui succède. Mais «la stabilité maintenue par la force et l’oppression n’est qu’illusion», prévient Le Soir de Bruxelles: c’est de la «tyrannie cynique», commente El País.

La presse française, elle, s’inquiète aussi de cette répression sanglante et se déchaîne contre les petits arrangements conclus par la France et l’Europe avec Mouammar Kadhafi, notamment les ventes d’armes utilisées aujourd’hui contre un peuple luttant pour sa liberté: malgré un «monstrueux bilan», écrit ainsi Libération, «la Libye de Kadhafi a été ramenée parmi le concert des nations par Bush fils, Blair, Berlusconi et finalement Sarkozy… au nom de la lutte contre le terrorisme et en échange de ventes d’armes, qui servent aujourd’hui contre les manifestants, et de livraisons de gaz et de pétrole».

La RTBF s’interroge également «sur la présence d’armes wallonnes en Libye» dans sa revue de la presse belge. «Grimaçante» aux yeux du Tages-Anzeiger, «la Realpolitik a ses limites», estime La Regione tessinoise. L’Occident libre ne doit donc «pas rester les bras croisés, juge enfin le Telegraaf des Pays-Bas, en attendant que le tyran de Tripoli, condamné comme le parrain du terrorisme international, passe au fil de l’épée les Libyens en quête de démocratie et de liberté», selon la traduction qu’en a faite Eurotopics.