Méditerranée

L’Espagne accueille les migrants rejetés par l’Italie et Malte

Madrid s’est proposé d’accueillir plusieurs centaines de migrants, après les refus de Rome et La Valette de voir le navire d’une ONG amarrer dans leurs ports. Le gouvernement italien mené par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles met en œuvre sa politique d’immigration sévère

L’errance de l’Aquarius a pris fin lundi. L’Espagne a offert d’accueillir le navire de l’ONG SOS Méditerranée chargé de 629 migrants, après qu’il eut passé plus d’une journée bloqué entre l’Italie et Malte. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a accepté d’ouvrir le port de Valence. «Première victoire», a immédiatement exulté le nouveau ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini.
Le secrétaire de la Ligue, parti d’extrême droite, actionnaire avec le Mouvement 5 étoiles (M5S) du nouvel exécutif italien, est à l’origine du blocage de l’Aquarius.

Celui qui est aussi vice-président du Conseil lui a interdit l’amarrage en Sicile. «L’Italie aussi commence à dire non au trafic d’êtres humains» et au «business de l’immigration clandestine», a argumenté Matteo Salvini. Il a réagi ainsi au refus de Malte à sa demande dimanche d’accueillir le navire.

Argument électoral

Le nouveau ministre a mis en exécution la menace brandie durant des années comme chef de la Ligue, et principal argument électoral lui ayant permis de devenir la première force de la droite italienne, puis de former un gouvernement, après les élections législatives du 4 mars dernier: freiner le flux de migrants arrivant sur les côtes italiennes en fermant les frontières. Après des heures de bras de fer entre Rome et La Valette, Joseph Muscat a remercié Madrid pour sa réaction. «L’Italie a rompu les règles internationales et causé cette impasse, a néanmoins lâché le premier ministre maltais. Nous devons discuter pour éviter que cela ne se reproduise à nouveau. Il s’agit d’un problème européen.»

Cela se reproduira si un autre bateau battant pavillon étranger devait se présenter à nouveau au large des côtes italiennes, a prévenu Matteo Salvini. Ce dernier a provoqué exactement la réaction qu’il attendait. «Nous avons ouvert un front de discussions pour une nouvelle politique de l’immigration au niveau continental», a-t-il expliqué devant la presse lundi après-midi.

Mais il l’a ouvert par la force: «Elever la voix, paie.» Depuis des années, l’Italie affirme se sentir abandonnée par ses partenaires européens face à la question migratoire. Le nouveau premier ministre a encore répété dimanche une inquiétude transalpine affichée déjà par le Parti démocrate, lors de la dernière législature. Avant de se réjouir, le lendemain, de la réponse espagnole.

Fermeture des ports italiens

«Nous avions demandé une Europe plus solidaire et que notre pays ne soit pas laissé seul dans la gestion des flux migratoires, a affirmé Giuseppe Conte. L’initiative de l’Espagne va justement dans cette direction.» Le président du Conseil a promis d’affronter la question lors de ses rencontres avec le président français, Emmanuel Macron, vendredi, et la chancelière allemande, Angela Merkel, lundi. L’Aquarius ne pouvait donc pas amarrer en Italie pour des raisons politiques, malgré l’ouverture par leurs maires des ports notamment de Palerme, de Messine ou de Naples, en défi à la ligne du nouveau gouvernement.

La fermeture des ports italiens aux navires étrangers est indiquée dans le contrat de gouvernement signé par la Ligue et le M5S. Il s’agit de l’une des mesures d’une politique désormais plus sévère, comme la promesse d’augmenter les renvois en y octroyant plus de financements au détriment de l’accueil, d’accélérer les procédures de demande d’asile, d’ouvrir de nouveaux centres d’identification et d’expulsion dans toutes les régions italiennes.

Sauvetage difficile

Lundi soir, à quelques miles nautiques au large, l’Aquarius attendait encore. Le bateau revient d’un sauvetage dimanche, dans des conditions difficiles. Durant la nuit, le navire est venu en aide à deux canots pneumatiques. «L’un d’eux s’était brisé, rendant la situation critique, raconte sur ses réseaux sociaux SOS Méditerranée. Plusieurs dizaines de personnes étaient tombées à l’eau, en pleine nuit.» Mais 229 migrants ont pu être sauvés. L’organisation humanitaire n’évoque pas de victimes. A bord de l’Aquarius, ils ont rejoint 400 autres rescapés «récemment secourus par la marine et les garde-côtes italiens et des navires marchants». 123 sont des mineurs non accompagnés, sept sont des femmes enceintes.

Victime de la nouvelle politique migratoire italienne et du bras de fer entre Rome et La Valette, l’Aquarius n’avait toujours pas défini de cap lundi soir. L’ONG se conformait encore aux instructions du Centre de coordination des secours maritimes italien reçues dimanche de rester en stand-by, plus d’une trentaine de miles nautiques entre l’Italie et Malte.

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