«Inutile et peu sérieuse.» Telle est en substance la réaction des responsables israéliens à l'initiative de paix pour le Proche-Orient annoncée jeudi par le président du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero. Ce plan en cinq points, endossé par la France et par l'Italie, prévoit un cessez-le-feu immédiat dans toute la zone, l'échange des prisonniers détenus par Israël, par les Palestiniens ainsi que par le Hezbollah, l'envoi d'une mission internationale chargée de garantir l'arrêt des violences dans la bande de Gaza, ainsi que la convocation d'une conférence internationale calquée sur celle de Madrid au début des années 1990.

Blair informé par la presse

Présenté jeudi, ce projet a été élaboré sans consulter le Quartette. L'Union européenne et l'administration américaine n'ont pas davantage été tenues au courant. Quant à l'entourage de Tony Blair, il affirme que ce dernier «en a pris connaissance par la presse». Prise de court, la ministre des Affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, a déclaré que son pays «préfère les négociations directes entre les parties». Une position aussitôt dénoncée par le premier ministre palestinien, Ismaïl Hanyeh (Hamas), pour lequel les dirigeants de l'Etat hébreu «parlent souvent de la paix mais ne veulent surtout pas la faire».

Initiative d'Ehoud Olmert

Même si les chances de voir ce plan se concrétiser sont minces en raison du refus israélien, la France, l'Italie et l'Espagne ne désespèrent pas de rallier la Grande-Bretagne et l'Allemagne à leur initiative. A la mi-décembre, ils veulent ensuite profiter du Conseil européen de Bruxelles pour présenter un texte plus élaboré qui serait, lui, avalisé par les Vingt-Cinq.

Réaliste? Le projet franco-italo-espagnol n'est en tout cas pas le seul du genre. Selon la presse israélienne, durant son dernier voyage à Washington, Ehoud Olmert aurait présenté à Georges Bush le brouillon d'une nouvelle initiative baptisée «Réalignement consensuel». Un plan dont les grandes lignes prévoient un retrait partiel de la Cisjordanie en échange d'une «houdna» (trêve) de dix à quinze ans ainsi que la création d'un Etat palestinien aux frontières provisoires.

Contrairement au plan de retrait unilatéral, qui n'envisageait aucune négociation avec les Palestiniens, le «réalignement consensuel» prévoit explicitement un processus de discussion. Les frontières de l'Etat provisoire seraient ainsi étendues au fur et à mesure de l'évacuation de certaines zones par Israël.

Interviewés par le quotidien Maariv, plusieurs hauts responsables israéliens ont refusé de confirmer ou d'infirmer l'existence d'une telle initiative. Mais il en va différemment du côté palestinien. Proche du président Mahmoud Abbas, l'ex-ministre de l'Emploi Ghassan Khatib (Fatah) a reconnu que «des conversations à ce propos se déroulent ici ou là». Mais ce plan ne sera pas rendu public avant l'entrée en piste du nouveau gouvernement de l'Autorité palestinienne et la tenue - prévue de longue date mais sans cesse reportée - d'un sommet entre Olmert et Abbas.