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L’espoir fou d’une révolution des esprits

Les dés sont jetés: la réunion appelée par Kofi Annan s’ouvre ce samedi matin. La Russie évoque une solution parallèle à la dernière minute

L’espoir naîtra-t-il de l’impuissance? La conférence qui réunit ce samedi à Genève la plupart des puissances mondiales et régionales autour de la Syrie représente un exercice aussi inédit que spectaculaire. Il est tout à la fois un aveu d’échec collectif et, déjà, une sorte de témoignage d’un sursaut général.

Dans le texte ci-dessous, le médiateur de l’ONU Kofi Annan l’admet désormais sans ambages: «Ce plan n’a pas été mis en œuvre», reconnaît-il à propos du plan qui porte son nom et qu’il a défendu contre vents et marées pendant presque trois mois. Aujourd’hui, cet échec est d’autant plus flagrant que, sur le terrain, la situation n’a jamais paru aussi grave. Bombardements de l’armée, tireurs embusqués visant les manifestants, combats aux abords de la capitale, Damas, multiples actions de la guérilla: une fois de plus, la journée de vendredi a été déclarée parmi les plus meurtrières depuis le début du conflit il y a quinze mois. Le seul mois dernier, quelque 3000 Syriens ont perdu la vie.

«Ce serait faire preuve de naïveté que de penser que (les Syriens) peuvent, seuls, aujourd’hui mettre un terme à la violence», dit encore Kofi Annan. De fait, plus que la naïveté, c’est l’ambiguïté qui a régné jusqu’ici, les principaux acteurs espérant profiter de l’instauration d’un cessez-le-feu de façade, que personne n’était en mesure de garantir, pour asseoir leur position respective.

En appelant désormais les participants de la conférence de Genève à agir de concert, Kofi Annan souhaite enclencher une révolution conceptuelle. «Il faut bien se rendre compte de la portée potentielle de ce nouveau plan, commente un diplomate occidental. Aux uns et aux autres, à tous ceux qui sont en train d’alimenter la guerre, Kofi Annan demande de sortir de leur logique. S’il y parvient, ce sera clairement un tournant avec peu d’antécédents dans l’histoire.»

Aux Russes, ce nouveau plan demande non seulement de «lâcher» leur allié syrien Bachar el-Assad, mais aussi d’accepter l’idée sans précédent que le sort d’un président d’un Etat souverain puisse être dicté par des Etats étrangers. Mais aux Occidentaux, peu empressés pour toutes sortes de raisons de se frotter à la poudrière syrienne, Kofi Annan demande aussi de prendre leurs responsabilités à un niveau qu’ils n’ont jamais évoqué jusqu’ici.

D’ores et déjà, l’équipe du médiateur de l’ONU serait en train d’esquisser des suites possibles à la mission actuelle des Nations unies en Syrie (UNSMIS) et qui pourraient, peut-être, voir l’arrivée de Casques bleus en lieu et place des 300 observateurs sans armes déployés avant la suspension de leur mission la semaine dernière. Dans sa proposition, Kofi Annan semble suggérer cette possibilité en évoquant la protection nécessaire de «tous les groupes» qui constituent la société syrienne.

La grogne manifestée par la Russie a menacé de faire capoter la conférence jusqu’au dernier jour. Les dirigeants de Moscou semblaient en fait découvrir un plan qui leur avait été en réalité présenté bien avant, comme ils ont fini par le reconnaître. Une manière de monter les enchères et de laisser la porte ouverte à d’autres concessions attendues à la dernière minute? Alors qu’une rencontre jugée «décisive» avait lieu vendredi soir entre la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et son collègue russe, Sergueï Lavrov, la Russie semblait confirmer cette hypothèse en mettant sur la table un plan parallèle qui semblait aux antipodes de la proposition de Kofi Annan. Il s’agirait ainsi de mettre en place sur le terrain «de nouveaux mécanismes» visant à garantir le cessez-le-feu ainsi que le retrait «synchronisé» des villes de tous les hommes en armes. C’est seulement à ce moment que les Syriens définiraient «de manière indépendante» leur propre agenda et le calendrier d’une transition politique.

L’idée russe, qui refait de l’obtention d’un cessez-le-feu le préalable à toute négociation politique, est une sorte de retour à la case départ, à la différence qu’elle accepte de placer sur le même plan l’armée loyale et des forces de l’opposition qualifiées jusqu’ici de simples «bandes terroristes». Mais cette contre-proposition de dernière minute est surtout la preuve que l’accord sur des «principes clairement définis» que Kofi Annan appelle de ses vœux n’était pas encore acquis à quelques heures du début de la conférence.

La grogne manifestée par la Russie a menacé de faire capoter la conférence jusqu’au dernier jour

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