Ukraine

Dans l’est rebelle de l’Ukraine, la nouvelle vie des McDonald’s

Depuis le conflit en 2014, McDonald’s a abandonné ses fast-foods dans les villes ukrainiennes. Des entrepreneurs locaux ont investi les lieux et vendent désormais des «Big Mag», au grand dam de la firme américaine

Le logo jaune en forme de M, le brouhaha des files d’attente, les enfants ballon à la main. Pas grand-chose n’a changé dans cet ancien McDonald’s de l’est rebelle de l’Ukraine, sauf le nom. Implanté à Lougansk, l’un des bastions des séparatistes pro-russes, ce fast-food a été abandonné par la chaîne américaine McDonald’s en 2014, quand a commencé le conflit entre insurgés et forces de Kiev. Repris par des entrepreneurs locaux, il a été renommé «Burger». Pour le reste, la ressemblance avec la chaîne américaine est troublante: l’écriteau «McDrive» est toujours en place et le menu propose des «Big Mag» au lieu des célèbres «Big Mac».

Un fast-food bien implanté

«C’est comme ça en LNR – République populaire de Lougansk –, les grands magasins et cafés sont repris par les autorités et elles en modifient un peu le nom. Elles ne peuvent rien inventer de nouveau», explique Nikita, un étudiant de 18 ans accompagné de quatre camarades de classe. Etudiants en sciences humaines à l’université située juste en face du «Burger», ils se rendent régulièrement au fast-food depuis la réouverture des lieux il y a environ deux mois, comme ils le faisaient avant le déclenchement du conflit.

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Pour Dan Bertsch, un Américain arrivé à Lougansk il y a trois ans pour se marier, ce fast-food est sympathique. «Aux Etats-Unis, je ne mangeais pas souvent au McDonald’s, mais à Lougansk, j’aime bien. Il n’y a pas beaucoup de choix de nourriture ici à cause de la guerre.»

Un restaur ant de luxe

La seule grande différence: des prix élevés. Avec une portion de frites à 90 roubles, soit un peu plus d’un euro, une somme non négligeable vu le niveau de vie de la région, Nikita ne peut se permettre «que deux portions de frites». «C’est devenu trop cher ici, déplore-t-il. Pourtant l’endroit avait été construit pour les étudiants.»

Sergueï, le gérant du «Burger», explique que les tarifs sont élevés à cause des difficultés de livraison. «On se différencie par la qualité des produits, les nôtres sont meilleurs», explique-t-il, disant importer ses produits de Finlande.

D’autres contrefaçons

A Donetsk, autre fief rebelle dans l’est de l’Ukraine, deux autres répliques de McDonald’s ont également ouvert leurs portes sous le nom de «DonMak» début juillet. Leur ouverture a fait sensation dans cette capitale des séparatistes pro-russes: les premiers jours, les habitants attendaient plus d’une heure pour commander un Coca-Cola, un hamburger et des frites.

Elena, une jeune femme au foyer, a ainsi patienté 40 minutes pour passer commande pour son fils. «Avant, je me demandais toujours où emmener mon enfant, dit-elle. Maintenant, on peut fêter son anniversaire ici.» Et peu importe si l’ouverture de ce fast-food contredit les discours des autorités rebelles dénonçant toute influence occidentale dans l’est de l’Ukraine. «Cela aurait peut-être valu le coup d’ouvrir quelque chose de russe», admet Elena, une jeune femme au foyer. Avant d’ajouter, sourire aux lèvres: «Mais on s’est habitué à ce qu’il y ait un McDonald’s à Donetsk.»

McDonald’s se rebelle

Le géant du fast-food a déclaré dans un communiqué «n’avoir rien à voir avec les activités commerciales menées dans les locaux de McDonald’s dans les villes de Donetsk et Lougansk». La firme américaine indique avoir contacté les autorités ukrainiennes, qui ne contrôlent plus la région, pour dénoncer une «saisie illégale de locaux».

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