Espagne

L’ETA choisit Genève pour se dissoudre

L’organisation séparatiste basque a cessé d’exister. Son «ultime communiqué» a donné lieu à une cérémonie discrète, en présence de quelques personnalités

L’ETA n’existe plus. L’organisation séparatiste basque l’évoquait depuis longtemps, mais elle a choisi Genève pour annoncer de manière officielle, jeudi, «la fin de sa trajectoire» ou autrement dit: sa dissolution. Cette confirmation a donné lieu à une petite cérémonie, toute en discrétion, qui s’est déroulée au Centre pour le dialogue humanitaire (HD Centre). La direction de l’ETA n’y assistait pas. Mais elle a confirmé avoir «entièrement défait l’ensemble de ses structures». Elle reprenait ainsi les termes d’une lettre datée du mois dernier qui venait d’être publiée dans le Pays basque en prévision, précisément, de cet événement genevois, tenu secret jusqu’au dernier moment.

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«Il s’agit de la dernière déclaration que fera jamais l’ETA», a voulu croire David Harland, le directeur exécutif de HD Centre, devant quelques dizaines de personnalités, dont l’ancienne ministre française de la Justice, Christiane Taubira. Par le passé, le Centre pour le dialogue humanitaire avait déjà entrepris une médiation discrète entre l’ETA et le gouvernement espagnol, dirigé à l’époque par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. Ces efforts avaient cependant été abandonnés en 2007, au terme de deux ans de négociations infructueuses.

Large soutien des militants

Jeudi, David Harland s’est porté garant de l’authenticité du «dernier» message transmis par l’ETA. L’organisation séparatiste assure avoir consulté «3000 militants», et recueilli parmi eux un large soutien (93% des votes…) en faveur de cette dissolution. HD s’est par ailleurs assuré que la décision de l’ETA avait été transmise aussi bien au gouvernement espagnol qu’au gouvernement français.

Il y a un an: Le désarmement de l’ETA, antichambre à sa dissolution

Née à la fin des années 1950, dans une Espagne alors en pleine dictature franquiste, l’ETA est responsable de la mort de près de 850 personnes – son premier assassinat, celui du membre de la Guardia Civil José Antonio Pardines, eut lieu il y a pratiquement cinquante ans. Sous la pression d’une très grande partie des Basques eux-mêmes, Euskadi Ta Askatasuna (ETA – Pays basque et liberté) avait déjà proclamé sa décision, en 2011, d’abandonner définitivement la lutte armée. L’annonce de sa dissolution, qui est présentée par l’ETA comme une «conséquence logique» de cette première étape, a néanmoins été souvent repoussée et longtemps considérée comme une sorte de dernière monnaie d’échange, afin notamment d’obtenir l’amélioration du sort de plusieurs centaines de détenus incarcérés dans les prisons espagnoles et françaises.

L’annonce de jeudi n’a pourtant pas impressionné le premier ministre espagnol Mariano Rajoy: «L’ETA peut annoncer sa disparition, mais ses crimes ne vont pas disparaître, pas plus que nos efforts pour les poursuivre et les punir.» L’ETA est considérée comme un groupe terroriste par les autorités espagnoles, mais aussi par l’Union européenne et les Etats-Unis.

Vers un «processus démocratique»

Une «conférence internationale» doit avoir lieu vendredi dans le Sud-Ouest de la France, à proximité de Bayonne, en présence notamment de personnalités qui avaient contribué au processus de pacification, ainsi qu’à la remise des armes de l’organisation, il y a un an. L’ancien dirigeant du Sinn Féin Gerry Adams doit notamment participer à cette réunion qui rassemblera aussi diverses personnalités politiques françaises et espagnoles. Mais craignant sans doute que cet événement n’offre un goût d’auto-célébration, il s’est agi à Genève de donner à la disparition officielle de l’ETA des contours plus sobres et impersonnels.

Dans son dernier communiqué, publié en basque, en espagnol, en français et en anglais, l’ETA insiste sur le fait que sa décision représente «la fin d’un cycle», ainsi que sur l’abandon de «l’usage de la violence politique», dont elle attribue pourtant une bonne part de la responsabilité «aux Etats», soit en clair à l’Espagne et à la France. L’ETA «n’a pas du tout peur» d’un «processus démocratique», explique l’organisation, tout en insistant sur le fait que, en tant que telle, l’ETA a «mis un terme à toute son activité politique». «Elle ne sera plus un acteur qui exprime des positions politiques, engage des initiatives ou interpelle d’autres acteurs», souligne-t-elle.

En revanche, le communiqué met en avant le fait que, sur le plan individuel, les ex-militants pourront poursuivre la lutte «dans d’autres champs», en faveur d’un Pays basque «réunifié, indépendant, socialiste, euskaldun (bascophone) et non patriarcal». Ainsi, l’objectif ultime de la désormais ex-organisation reste celui de la constitution d’un «Etat basque». Une perspective qui passerait par «la concrétisation du droit de décider», manière, sans doute, d’appeler de ses vœux l’organisation d’un référendum sur l’autodétermination.

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