Espagne

L’ETA disparaît à Genève

L’organisation basque a transmis sa décision officielle au Centre pour le dialogue humanitaire, basé à Genève. A 14 heures, l’ETA a cessé d’exister

L’ETA n’existe plus. L’organisation séparatiste basque a choisi Genève pour annoncer jeudi «la fin de sa trajectoire». Autrement dit, la dissolution officielle de ce mouvement, considéré en Espagne, mais aussi au sein de l’Union européenne et aux Etats-Unis, comme un groupe terroriste. Au cours d’une petite cérémonie qui s’est déroulée au Centre pour le dialogue humanitaire (HD), l’ETA a confirmé qu’elle a «entièrement défait l’ensemble de ses structures», reprenant les termes d’une lettre datée du mois dernier et qui venait d’être publiée dans le Pays basque, en prévision de cet événement, tenu secret jusqu’au dernier moment.

Au vrai, une conférence internationale en ce sens doit avoir lieu vendredi dans le sud-ouest de la France, à proximité de Bayonne, en présence notamment de personnalités qui avaient contribué à la remise des armes de l’organisation il y a un an. Mais craignant sans doute que cet événement offre un goût d’autocélébration, il s’est agi de donner à la disparition officielle de l’ETA des contours plus sobres et impersonnels. En certifiant son authenticité, le directeur de HD, David Harland, a ainsi rendu publique une lettre – «la dernière» – émanant de la direction de l’ETA, dans laquelle elle présente effectivement cette autodissolution comme son «ultime décision». L’annonce officielle a aussi été faite aux gouvernements espagnol et français, a révélé David Harland.

«La fin d’un cycle»

Par le passé, le Centre pour le dialogue humanitaire avait déjà entrepris une médiation discrète entre l’ETA et le gouvernement espagnol, dirigé à l’époque par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. Ces efforts avaient cependant été abandonnés en 2007, au terme d’un peu plus de deux ans. Par la suite, d’autres médiateurs, réunis au sein du Groupe international de contact, avaient pris le relais, de manière davantage publique, sous la houlette de diverses personnalités internationales.

Née à la fin des années 1950, responsable de la mort de plus de 800 personnes – son premier assassinat, celui du membre de la garde civile José Antonio Pardines, eut lieu il y a pratiquement cinquante ans –, Euskadi ta Askatasuna (ETA – Pays basque et liberté) avait déjà affiché sa décision en 2011 d’abandonner définitivement la lutte armée. L’annonce de sa dissolution, qui est présentée par l’ETA comme une «conséquence logique» de cette première étape, a été longtemps repoussée.

Dans son dernier communiqué, l’ETA insiste sur le fait que sa décision représente «la fin d’un cycle», ainsi que sur l’abandon de «l’usage de la violence politique», dont elle attribue aussi la responsabilité «aux Etats», soit en clair à l’Espagne et à la France.


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Lire le communiqué en français | en anglais | en espagnol | en basque


L’ETA «n’a pas du tout peur» d’un «processus démocratique», explique l’organisation, tout en insistant sur le fait que, en tant que telle, l’organisation a aussi «mis un terme à toute son activité politique». «Elle ne sera plus un acteur qui exprime des positions politiques, engage des initiatives ou interpelle d’autres acteurs», a-t-elle souligné dans le communiqué lu à Genève.

En revanche, l’organisation met en avant le fait que, sur le plan individuel, les ex-militants pourront poursuivre la lutte «dans d’autres champs», en faveur d’un Pays basque «réunifié, indépendant, socialiste, euskaldun (bascophone) et non patriarcal». Ainsi, le vœu ultime de la désormais ex-organisation reste celui de la constitution d’un «Etat basque» qui passerait par «la concrétisation du droit de décider», soit vraisemblablement la quête d’un référendum d’autodétermination.

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