Faut-il ou non rendre les armes? C’est, d’après les spécialistes de la question basque, la question qui se poserait ces jours-ci au sein de l’ETA, la dernière organisation terroriste en Europe. Moribond depuis quelque temps, le groupe séparatiste armé l’est encore plus depuis l’interpellation, dimanche près de Perpignan (sud-est de la France), de son chef militaire, Jurdan Martitegi.

Hécatombe

Au début de la décennie, les policiers franco-espagnols devaient suivre les commandos etarras pendant des années avant de leur tendre un piège fatal. Désormais, les coups de filet se succèdent à un rythme très rapide. Au point qu’un chef militaire (celui qui coordonne et décide les attentats) est à peine désigné qu’il va tout droit en prison. A la mi-novembre, le redoutable Garikoitz Aspiazu, alias «Txeroki», était détenu; trois semaines plus tard, c’était au tour d’Aitzol Iriondo; et dimanche, donc, celui de Jurdan Martitegi, auteur de la plupart des attentats commis depuis 2007, ayant fait au total six morts. En moins d’un an, cinq directions militaires sont tombées dans l’escarcelle policière. Une hécatombe. Les interpellations sont désormais plus nombreuses que les assassinats et les attentats à la voiture piégée.

«La question qui se pose au sein de l’ETA tient à l’efficacité des méthodes terroristes, souligne l’analyste Luis Aizpeolea. Les dirigeants actuels s’interrogent sérieusement sur le fait de savoir si le recours aux armes fait avancer les objectifs politiques, à savoir le droit à l’autodétermination, et l’unification des territoires basques [ndlr: les trois provinces en Espagne, la Navarre et la partie française].» D’après le quotidien El Pais, le nouvel homme fort de l’organisation armée est Josu Ternera. Or, il y a quatre ans, ce sexagénaire, qui fut un des chefs à la fin des années 1980, entama des négociations de «paix» avec le gouvernement Zapatero. Ce dialogue avorta finalement fin 2006 face à l’intransigeance de jeunes dirigeants séparatistes résolus à poursuivre le cycle des attentats.

Aujourd’hui, les choses se compliquent pour l’ETA: les interpellations d’activistes se sont multipliées (117 depuis 2008), et toutes les formations politiques pro-ETA ont été mises hors la loi. De plus, les législatives basques de mars ont été gagnées par le socialiste Patxi Lopez, un proche de Zapatero, décidé à bloquer toutes les subventions versées aux collectifs qui sympathisent avec l’ETA, dont Askatasuna, qui contrôle les 700 prisonniers en territoire espagnol. Conséquence: à la tête d’une organisation aux abois, Josu Ternera pourrait tenter de renouer le dialogue avec Madrid. Même si le gouvernement Zapatero, qui s’est senti floué avec la rupture de la trêve fin 2006, n’y serait guère disposé.

Renoncer à la violence

Efficacité policière, action judiciaire contre la nébuleuse pro-ETA, isolement politique: de l’avis général, ce sont les trois axes qui ont permis d’affaiblir considérablement l’ETA, dont l’électorat potentiel (entre 100 000 et 200 000 Basques) prend de plus en plus ses distances avec le recours à la violence. Pour le ministre de l’Intérieur, Perez Rubalcaba, les terroristes n’ont plus vraiment le choix. «Ils ont perdu la partie, a-t-il affirmé dimanche. Ou bien ils renoncent à la violence de leur initiative, ou bien parce que nous les y obligeons. Mais le résultat sera le même.» Triomphaliste? Pour certains, l’ETA a les moyens de nuire encore un certain temps. «Ce qui est sûr, dit José Maria Ridao, chroniqueur de la radio Ser, c’est que le groupe armé est entré dans un processus de décomposition. Le fameux mythe de son invincibilité est tombé.»