Les forces armées ont commencé à se redéployer sur l’île de Jolo, et un couvre-feu était imposé, à la tombée de la nuit, dans les villages aux alentours du lieu de rétention des otages. L’état d’urgence a été déclaré quelques minutes seulement après l’expiration de l’ultimatum sur toute la province de Sulu, et il permet aux militaires de réaliser des inspections et des arrestations immédiates en cas de besoin. Tous les supporters du groupe d’Abou Sayyaf sont donc considérés comme suspects et seront arrêtés, selon le gouverneur de la province, Abdusakur Tan.

Les membres d’Abou Sayyaf, un groupe islamiste d’environ 150 hommes sur Jolo, ont menacé de décapiter l’un des trois otages si le gouvernement ne retirait pas ses troupes de cinq villes principales de l’île.

Mais plusieurs heures après l’expiration de cet ultimatum, et alors que le gouvernement a refusé un tel retrait, le gouverneur Tan, qui est à la tête de la force spéciale «Croix Rouge», assurait qu’«aucun otage n’avait été exécuté.»

C’est la situation la plus tendue depuis le début de cette prise d’otage, le 15 janvier dernier, des trois membres de la Croix Rouge Internationale, le Suisse Andreas Notter, l’Italien Eugenio Vagni et la Philippine Mary Jean Lacaba sur cette île du sud des Philippines.

Le groupe d’Abou Sayyaf a constamment demandé de retirer les troupes philippines de l’île de Jolo. Le gouvernement a commencé à relâcher de la pression il y a deux semaines, après qu’un affrontement direct entre l’armée et les ravisseurs a fait monter la pression, et poussé l’un de ses membres, Albader Parad, à formuler la première menace d’exécution de l’un des otages. L’armée a alors largement écarté le cordon qu’elle a dressé autour de la zone de rétention.

Mais la demande actuelle est bien plus claire: Albader Parad a exigé que les troupes soient toutes regroupées autour de la ville principale de Jolo. «C’est complètement impossible, a répondu Ronaldo Puno, le ministre de l’Intérieur. Cela revient à nous positionner sur seulement 4% de l’île. Les routes ne seraient plus sûres, et n’importe qui pourrait se faire attaquer. Nous n’allons pas abandonner Jolo et leurs habitants», a conclu le ministre.

Plus de 1000 militaires, appartenant principalement au corps d’élite des Marines, sont positionnés sur l’île de Jolo, qui est la base de groupes rebelles et terroristes musulmans depuis plus de 40 ans.

Sur place, le maire de la ville de Jolo craint également l’abandon de l’île par les militaires. «La vie de 800 000 habitants de Jolo est dans la balance contre la vie des trois otages. Ce n’est pas possible!, s’insurge Hussin Amin. Que veulent-ils? L’anarchie? Est-ce que cela veut dire qu’il faut qu’on sacrifie notre sécurité pour permettre à ces bandits de circuler librement? Non, on ne peut pas faire cela!».

Quelques minutes avant l’expiration de l’ultimatum, le président de la croix rouge philippine, Richard Gordon, qui a mené les négociations de manière très forte depuis le début, a fondu en larmes dans un dernier appel à leur libération. Mais il a confirmé fermement que la mission de ces trois humanitaires ne serait pas affectée et que l’organisation ne céderait pas au chantage des ravisseurs: «Nous continuerons à travailler quoi qu’il arrive. Cela fait 150 ans que nous existons, nous continuerons encore pendant 150 ans».