Impossible de connaître le bilan exact des violences mercredi soir. Au moins 40 personnes ont été tuées , selon un nouveau bilan du ministère de la Santé. Le nombre des blessés dépasse les 400. Intervenant à la télévision publique, saisie par leurs militants, les leaders de l’opposition, Oumourbek Tekabaïev et Temir Sariev, ont de leur côté estimé qu’une centaine de personnes avaient perdu la vie dans «les troubles».

Seule certitude: la plupart - voire la totalité - des victimes ont été atteintes par balles. «Il y a des dizaines de cadavres, tous avec des blessures par balle», a ainsi déclaré le médecin Akylbek Yeukebayev, qui travaille au service des urgences d’un hôpital de Bichkek.

L’incertitude régnait également sur le sort du ministre de l’intérieur Moldomoussa Kongantiev. Une source au sein du ministère, des médias indépendants et des ONG assuraient qu’il avait été tué lors de heurts à Talas (nord-ouest), mais un porte-parole du ministère a démenti.

Bâtiments occupés Les violences ont éclaté dans l’après-midi lorsqu’une foule de manifestants réclamant le départ du président Kourmanbek Bakiev a tenté de pénétrer par la force dans la présidence. Les forces de l’ordre ont répliqué en tirant sur la foule et en utilisant des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes.

Dans la soirée, des centaines d’opposants sont entrés dans le siège du parlement, situé à quelques dizaines de mètres de la présidence, tandis que le rez-de-chaussée du siège du parquet général de la capitale était en feu, a constaté un journaliste de l’AFP. Ailleurs dans le pays, des manifestants ont également pris d’assaut des bâtiments officiels.

Opposants brièvement arrêtés De son côté, le premier ministre Daniar Oussenov a annoncé que l’état d’urgence avait été décrété et un «couvre-feu» imposé. La situation restait très précaire dans la soirée. De nouveaux tirs ont été signalés dans la capitale.

Plusieurs opposants au chef de l’Etat - dont M. Sariev, l’ancien président du Parlement Omourbek Tekebaïev et l’ex-candidat à la présidentielle et ancien premier ministre Almazbek Atambaïev - ont été brièvement arrêtés dans l’après-midi et inculpés pour «crimes graves», selon le procureur général Nourlan Toursounkoulov.

Mais ils ont été par la suite libérés et ont pu rencontrer le premier ministre Daniar Oussenov. «Notre seul objectif, c’est qu’ils quittent le pouvoir» et le transmettent à l’opposition, a déclaré M. Tekebaïev dans son intervention à la télévision nationale.

Le président Bakiev est lui-même arrivé au pouvoir par une révolution en mars 2005 mais il est critiqué pour une dérive autoritaire et népotisme.

«Les gens deviennent fous» La Russie et les Etats-Unis, qui disposent chacun d’une base militaire dans l’ex-république soviétique, ont appelé au calme. La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne Catherine Ashton et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon ont fait de même.

Mais cet appel risque fort de rester lettre morte. «Malheureusement ce sera très difficile de rétablir l’ordre dans la foule. Les gens deviennent fous», a déclaré Isa Omourkoulov, dirigeant du Parti social démocrate.

Intérêt stratégique Les Etats-Unis disposent à l’aéroport Manas de Bichkek d’une base aérienne clé pour leurs opérations en Afghanistan, par laquelle transitent notamment la plupart des soldats déployés sur le terrain. La stabilité de cette république apparaît donc comme primordiale pour le succès de la campagne anti-talibans.

Le Kirghizstan et ses voisins d’Asie centrale suscitent en outre d’intenses convoitises en raison de leurs réserves de pétrole, de gaz, d’uranium et d’or, pour la plupart encore inexploitées et parmi les plus importantes au monde.