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L'Etat islamique accède-t-il à l'Internet grâce aux opérateurs européens?

Selon une enquête du «Spiegel», les djihadistes utiliseraient l'Internet par satellite dans les zones sous son contrôle. Du matériel qui serait fourni par des opérateurs européens

Aucun groupe terroriste ne manie aussi bien Internet pour diffuser sa propagande. Mais comment l’Etat islamique fait-il pour y accéder? Une enquête du «Spiegel Online», datée du 4 décembre, affirme que les djihadistes utilisent l’Internet satellitaire dans les zones sous leur contrôle et interroge la responsabilité des opérateurs européens. Selon le média allemand, qui s’appuie sur des sources militantes syriennes, les entreprises européennes ne peuvent ignorer que leurs équipements sont utilisés par l’Etat islamique.

Avec une simple antenne et un modem, les djihadistes bénéficient d’une connexion internet rapide. De quoi poster un grand nombre de vidéos de propagande et de messages sur les réseaux sociaux.

Vente à des «partenaires commerciaux»

L’Etat islamique se procure ces équipements dans les pays environnants, notamment dans les villes turques proches de la frontière syrienne. Le prix: environ 500 dollars pour le matériel et 500 dollars pour bénéficier des services d’un fournisseur d’accès pendant six mois.

A Antalya, une ville touristique du sud de la Turquie, la demande en satellites de l’autre côté de la frontière a explosé. Interrogés par le Spiegel, deux vendeurs assurent avoir respectivement environ 2500 clients en Syrie. Mais ils expliquent vendre leurs produits et leurs services à des «partenaires commerciaux», sans avoir connaissance des utilisateurs finaux.

Des antennes satellites en Syrie et en Irak

Dans son enquête, l’hebdomadaire allemand s’intéresse également aux principaux fournisseurs d’Internet satellitaire en Europe: le français EutelSat (détenu à 26% par la Caisse des dépôts, une banque publique), le luxembourgeois SES et le britannique Avanti Communications. Les deux premiers affirment être seulement en contact avec les principaux distributeurs de leurs équipements, et non avec les clients finaux.

Contactée par Libération, la société SES assure n’avoir aujourd’hui «pas connaissance que ses satellites sont utilisés par l’EI ou dans des zones syriennes contrôlées par l’EI. Si SES avait confirmation d’une telle utilisation, nous mettrions tout en œuvre pour y mettre fin.» Pourtant, le Spiegel a obtenu des bases de données GPS de 2014 et 2015 qui prouvent que des équipements satellitaires se trouvent dans des zones contrôlées par les djihadistes. Des antennes seraient disposées sur les toits de bâtiments de Raqqa, Deir el-Zor et al-Bab en Syrie, ou Mossoul en Irak.

Une connexion coupée «sans trop d’efforts»

L’hebdomadaire affirme que la connexion internet dans ces zones pourrait être coupée «sans trop d’efforts». «Peut-être que les entreprises veulent simplement atteindre leurs objectifs économiques, sans vérifier précisément l’identité des personnes qui utilisent leurs services», estime le Spiegel Online dans son enquête.

Priver l’Etat islamique d’une connexion internet permettrait d’affaiblir sa propagande, mais cette action pourrait aussi handicaper les services de renseignement qui seraient alors privés d’une source d’informations précieuse. Aucun des opérateurs sollicités par le média allemand n’a souhaité faire de commentaires sur ce point.

Lire l’enquête du Spiegel:  How Islamic State Takes Its Terror To the Web

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