L’Etat islamique aux portes d’Israël

Proche-Orient Les djihadistes se multiplient du Sinaï au Golan

Redoutant d’éventuelles actions de la branche égyptienne de Daech, «Wilayat Sinaï», sur son territoire, l’armée israélienne (Tsahal) a renforcé son dispositif défensif le long de la «barrière de sécurité» séparant l’Etat hébreu de l’Egypte. Mercredi, alors que les islamistes attaquaient une quinzaine de positions de l’armée égyptienne, le premier ministre Benyamin Netanyahou et son ministre de la Défense Moshé Yaalon ont autorisé le déploiement de nouvelles troupes face à l’Egypte.

Outre les unités spéciales, des drones sont désormais chargés de surveiller cette frontière longue de 250 kilomètres. Tous les points de passage entre les deux pays ont été fermés, y compris celui de Keren Shalom par où transitent quotidiennement les biens destinés à la bande de Gaza. Jeudi matin, un peu plus de 600 camions y attendaient l’autorisation de décharger leur cargaison.

Le renforcement de «Wilayat ­Sinaï» dans le nord du désert égyptien concrétise les pires cauchemars des responsables sécuritaires israéliens. A tort ou à raison, des analystes des renseignements militaires estiment que les islamistes vont tenter de créer face à Israël une «zone libérée» comme ils l’ont fait en Syrie et en Irak. Cela afin de lancer des attaques contre leurs ennemis: d’abord l’Egypte, ensuite Israël.

A toutes fins utiles, Tsahal limite la circulation des civils sur les routes israéliennes jouxtant la frontière. Quant aux agriculteurs, ils ne peuvent plus se rendre aux champs.

Depuis 2011, «Wilayat Sinaï» a tiré à plusieurs reprises des roquettes sur la station balnéaire d’Eilat. En n’y causant que des dégâts matériels. Deux de ses commandos se sont par ailleurs infiltrés dans le désert du Néguev pour y attaquer des autobus civils. Pour les responsables israéliens, ces opérations n’étaient qu’un avant-goût de ce qui pourrait se passer à l’avenir.

Veillée d’armes

Rendant visite à des colons de Cisjordanie mitraillés au début de la semaine alors qu’ils circulaient en voiture, Benyamin Netanyahou et son ministre de la Défense Moshé Yaalon ont proclamé «leur soutien total à l’Egypte dans sa lutte contre le terrorisme». Des paroles suivies par des actes puisqu’Israël a autorisé pour la troisième fois l’Egypte à enfreindre le volet militaire de l’accord de paix entre les deux pays (1979) qui limite les moyens militaires déployés par Le Caire dans le Sinaï.

L’inquiétude israélienne est d’autant plus grande que Daech gagne également du terrain en Syrie. Certes, il ne contrôle pas la partie syrienne du Golan mais plusieurs de ses cellules s’y sont infiltrées et pour Tsahal, qui s’est retranchée derrière une «barrière de sécurité» appuyée par une ligne de fortins, il s’agit bel et bien d’un «danger».

«A un moment ou à un autre, il va se passer quelque chose sur le Golan», estime le chroniqueur militaire Ron Ben Ishaï. «Pour l’heure, le terrain appartient principalement aux combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) et à Jabhat Al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaida) qui se frottent avec un certain succès aux troupes de Bachar el-Assad. Mais Daech dispose de moyens militaires et financiers que les autres organisations n’ont pas.» Et de poursuivre: «La politique officielle israélienne consiste à ne pas intervenir dans le conflit syrien. Cependant, tout porte à croire que l’Etat hébreu ne restera pas les bras croisés si les islamistes de Daech ou autres commençaient à y exterminer des populations sous ses yeux.»

Ces derniers jours, Moshé Yaalon a multiplié les avertissements à l’égard de ceux qui tenteraient de s’en prendre aux 600 000 à 700 000 Druzes de Syrie, dont beaucoup ont de la famille en Israël. Dans sa bouche, il ne s’agit pas de paroles en l’air.