Propagande

Comment l’Etat islamique instrumentalise «l’attaque bénie contre la France croisée»

Communiqué, vidéos, message audio ... Les djihadistes ont savamment récupéré les attentats de Paris dans leur communication

La réaction ne s’est pas fait attendre. Il n’aura fallu que quelques heures à l’Etat islamique (EI) pour revendiquer les attentats de Paris qui ont fait 129 morts et plus de 350 blessés. La parole djihadiste a d’abord pris la forme d’un communiqué diffusé samedi 14 novembre sur les réseaux sociaux. Une revendication donc, mais surtout un avertissement adressé à la France: «Cette attaque bénie n’est que le début de la tempête.»

Sur Twitter, Romain Caillet, consultant français sur les mouvements islamistes et djihadistes, s’intéresse à la propagande de l’Etat islamique, dont il a reproduit le communiqué:

Avertissement sonore

«La France, cette ennemie, restera une cible privilégiée tant qu’elle poursuivra son intervention en Syrie», explique le texte diffusé en plusieurs langues. Devenu expert d’un marketing viral de la terreur – rouage clé de sa propagande terroriste – l’EI a accompagné son communiqué d’un message sonore en français avec, en toile de fond, une chanson propagandiste. 

Selon l'Observatoire du Moyen-Orient, il s'agit d'un chant mis en ligne le 21 octobre par Al-Hayat, la branche médiatique de l'EI. Ces chants a capella, les nasheeds sont un élément important de la propagande médiatique des djihadistes. Ils sont généralement produit en plusieurs langues pour toucher le plus grand monde. Le message est clair: rejoindre le djihad et le califat, se battre et retrouver l’honneur, massacrer les ennemis de l’islam. Véritables chants de guerre, les nasheeds contiennent des appels explicites au meurtre et à la violence. Ils visent à renforcer la cohésion et le moral des combattants du djihad.

Dans le nasheed diffusé après les attaques, le ton solennel d’un homme prévient que les Français «continueront à sentir l’odeur de la mort pour avoir pris la tête de la croisade.» Il désigne «la France et ceux qui la suivent» comme «principales cibles de l’Etat islamique», poursuit le communiqué. Quant à Paris, elle se mue en «capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe.» Par contre, le bulletin du 15 novembre en langue française d’al-Bayan, la radio de l’Etat islamique ne fait pas mention des attaques de Paris.

Un huitième «frère»

La rédaction du communiqué semble avoir eu lieu avant les attentats puisque les djihadistes évoquent une attaque dans le XVIIIe arrondissement de Paris qui n’a jamais eu lieu. Ce détail laisserait à penser que les sept kamikazes impliqués n’ont pas mis l’entier de leur plan à exécution. Le message évoque un huitième «frère»: «Huit frères, portant des ceintures d’explosifs et des fusils d’assaut, ont pris pour cibles des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française». S’agirait-il de Salah Abdeslam, frère de deux des kamikazes? En cavale, il fait toujours l’objet d’un mandat d’arrêt international. Il se trouverait en Belgique.

Propagande en images

La mise en scène de l’horreur par l’EI s’est aussi déployée dans plusieurs vidéos, dont l’une, non datée, a été rediffusée par Al-Hayat, la branche médiatique du groupe. On y voit un homme barbu s’exprimant en arabe exhortant les musulmans de France à perpétrer de nouvelles attaques: «Tant que vous continuerez à nous bombarder, vous ne vivrez pas en paix. Vous aurez même peur de vous rendre au marché», prévient-il.

Dans son avertissement, les djihadistes évoquent le choix minutieux des lieux ciblés. D’abord le Stade de France, où se disputait le match amical entre l’équipe de France et l’Allemagne. Un lieu de divertissement comme le Bataclan dans lequel, selon l’EI, 1500 personnes prenaient part vendredi soir à une «fête de la perversité». 89 d’entre elles ont trouvé la mort.

Contre-offensive

Sur les réseaux sociaux, principal canal de diffusion de la propagande djihadiste, la contre-attaque s’organise. Comme à l’issue des attaques du mois de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, le collectif Anonymous s’est une nouvelle fois attaqué aux comptes djihadistes en ligne. Objectif: forcer le réseau social à les supprimer.

A lire: #OpISIS, l’opération punitive d’Anonymous sur Twitter contre l’Etat islamique

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