L’Etat islamique multiplie les succès en Libye

Afrique Les djihadistes ont annoncé mardi la prise de Syrte

Des négociations se sont déroulées dans l’urgence mercredi à Berlin

L’Etat islamique progresse aussi en Libye. Parallèlement à ses avancées sur les fronts syrien et irakien, il a annoncé mardi avoir pris la ville de Syrte, le fief de l’ancien dirigeant suprême du pays Mouammar Kadhafi. Un développement spectaculaire mais attendu: les djihadistes, qui n’avaient cessé de renforcer leur présence dans la région depuis l’hiver dernier, avaient récemment resserré leur étreinte sur l’agglomération en s’emparant fin mai de son aéroport et début juin d’une importante centrale électrique voisine.

Tout a été très vite depuis ce mois d’octobre 2014, au cours duquel un obscur groupe djihadiste basé dans l’est de la Libye a prêté allégeance à l’Etat islamique. Après avoir pris le contrôle d’une partie de la région de Derna, l’organisation s’est fait connaître cet hiver par des actions aussi spectaculaires que macabres: attentat à la voiture piégée et assaut d’un hôtel dans la capitale, Tripoli; exécutions massives de plusieurs dizaines de chrétiens égyptiens et éthiopiens, dans l’est et le sud.

Mais les djihadistes ne se sont pas contentés de semer l’effroi. Ils ont parallèlement grignoté du terrain sur leurs adversaires pour prendre le contrôle de plusieurs petits territoires dispersés le long de la côte méditerranéenne et sur les premières marches du Sahara. Après Derna, dans l’est, ils se sont emparés notamment de Sabratha, dans l’ouest, de Noufliyeh et de quelques poches de désert, dans le centre, et maintenant de Syrte, à mi-chemin entre le croissant pétrolier libyen et la puissante ville de Misrata.

Comme en Irak et en Syrie, les disciples du «calife Ibrahim» ont trouvé en Libye un terrain favorable, caractérisé par l’effondrement de l’Etat central. Au pouvoir hypercentralisé de Mouammar Kadhafi a succédé une anarchie sanglante, caractérisée par la présence de dizaines de groupes armés. Un chaos au sein duquel l’organisation est parvenue à imposer suffisamment sa marque pour «siphonner» les milieux djihadistes et pour sortir du lot.

Au point de devenir un acteur militaire majeur? Une telle perspective n’est pas à écarter, dans la mesure où les deux pouvoirs susceptibles de neutraliser la mouvance djihadiste, les autorités de Tripoli dans l’ouest et celles de Tobrouk dans l’est, n’investissent pas dans ce combat toute l’énergie qu’elles pourraient. L’une et l’autre en gaspillent une bonne part à se disputer entre elles, ce qui a pour effet d’ouvrir un boulevard à l’Etat islamique.

Les deux camps sont parfaitement conscients du danger. Le parlement de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale, a appelé à l’aide, fin mai, pour éviter à la Libye un «scénario à l’irakienne». Celui de Tripoli, non reconnu à l’étranger, a appelé au même moment les «Etats concernés par la lutte contre ce phénomène destructeur» à «coopérer» avec lui en le soutenant dans les domaines de la logistique et du renseignement.

L’un et l’autre ont buté sur une profonde méfiance de la communauté internationale, cependant. Une méfiance dont témoigne l’embargo sur les armes que l’ONU a décrété contre la Libye. La mesure a pour but d’empêcher que des équipements militaires ne tombent entre de mauvaises mains dans un pays instable, en proie à tous les trafics. Mais elle a pour effet de priver de moyens les ennemis de l’Etat islamique. Et donc de favoriser les djihadistes.

La communauté internationale paraît décidée à procéder par ordre. Avant de lever l’embargo sur les armes, elle souhaite consolider l’Etat libyen, ce qui suppose d’amener les autorités de Tripoli et celles de Tobrouk à s’entendre sur de nouvelles institutions communes. Envoyé spécial des Nations unies pour la Libye, le diplomate espagnol Bernardino Leon tente depuis de nombreux mois de rapprocher les positions, dans l’espoir de créer un gouvernement d’union. Mais la dernière mouture de son projet a été rejetée en début de semaine du fait de la composition jugée déséquilibrée d’une institution clé, le Conseil supérieur de l’Etat.

Les négociations entre les deux autorités se sont déplacées ce mercredi du Maroc vers l’Allemagne. Preuve de l’importance qui leur est accordée: les 23 représentants libyens y ont retrouvé non seulement des émissaires de l’ONU mais aussi des délégués des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Russie, Royaume-Uni), ainsi que de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie et de l’Union européenne. C’est que le temps presse. Une course contre la montre est lancée contre la désintégration de la Libye… et son bénéficiaire le plus sûr.

L’embargo de l’ONU sur les armes prive de moyens les adversaires de l’organisation terroriste