Proche-Orient

L'Etat islamique a recours aux armes chimiques en Irak

L’usage du gaz moutarde, avéré en Syrie, est désormais aussi certain en Irak, selon le FBI et l’Organisation pour la destruction des armes chimiques. Décryptage

C’est l’agence Reuters qui l’annonce: l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye, a acquis la conviction que c’est bien du gaz moutarde qui a été utilisé par l’Etat islamique contre 35 combattants kurdes en août 2015 dans la banlieue d’Erbil, la capitale de la région kurde autonome. Les résultats n’ont pas été officiellement annoncés, selon le diplomate qui a renseigné l’agence, mais l’analyse des échantillons est formelle.

Les autorités kurdes elles-mêmes avaient affirmé à l’automne 2015 que les analyses faisaient état de gaz moutarde. Bon à savoir: l’OIAC se contente d’analyser les armes chimiques utilisées, mais ne se prononce pas officiellement sur leur utilisateur.

Ce serait la première fois que cette arme chimique est utilisée en Irak depuis la fin du régime de Saddam Hussein et la destruction par les Américains du stock d’armes chimiques que détenait le pays. «Il y a un certain nombre de fois où le groupe Etat islamique a utilisé des armes chimiques sur le champ de bataille», a affirmé le directeur de la CIA John Brennan sur CBS la semaine dernière, «la CIA pense que l’EI a la capacité de fabriquer des petites quantités de chlorine et de gaz moutarde». Une catastrophe

Le gaz moutarde, mortel à fortes doses

Dans la glaçante galaxie des gaz toxiques des incapacitants psychiques et physiques, des suffocants, des toxiques de l’oxygénation et autres neurotoxiques organophosphorés, le gaz moutarde est un agent vésicant, c’est-à-dire qu’il produit des vésicules et des brûlures graves des muqueuses (peau, yeux, poumons) pouvant conduire à la mort. Le gaz moutarde, mortel à fortes doses, a pour la première fois été utilisé en avril 1915, près d’Ypres, en Belgique (d’où son autre nom d'«ypérite»), quand les troupes allemandes ont largué dans l’atmosphère 150 tonnes de chlore, que le vent pousse vers les lignes des alliés. Plus de 5000 soldats sont alors asphyxiés et meurent dans les heures qui suivent.

Une arme interdite

Le gaz moutarde a été utilisé en Syrie en 2015 dans une zone faisant partie du «caliphat» de l’Etat islamique. Son utilisation est interdite comme celle de toutes les armes chimiques depuis la Convention sur les armes chimiques de 1997. La question qui se pose est donc celle de la provenance de ces armes: qui fournit l’EI?

Le gaz sarin utilisé lui aussi

Le gaz moutarde n’est pas la seule arme chimique qui est utilisée dans la meurtrière guerre de Syrie. L’armée officielle de Bachar Al-Assad a aussi eu recours à l’été 2013 au gaz sarin (une attaque dans la Ghouta, dans la banlieue de Damas, a fait des centaines de morts), ce qui a poussé les Occidentaux à faire pression – la «ligne rouge» de Barack Obama. Quelques semaines plus tard, tout en démentant être responsable du massacre de la Ghoutta, la Syrie avait admis détenir plus de 1000 tonnes d’armes chimiques (dont 300 tonnes de gaz sarin) et accepté leur destruction. La supervision de cette destruction a valu à l’OIAC de recevoir le Prix Nobel de la paix en 2013. Début 2016, l’OACI a annoncé travailler sur onze échantillons provenant d’attaques chimiques en Syrie, dont l’un au moins contenait des traces de sarin. La question se pose là aussi: qui fournit ce poison mortel et interdit?

Un puissant neurotoxique

Le gaz sarin est une substance qui n’a pas d’odeur, incolore et volatile, de la famille des organophosphorés, un neurotoxique pour l’homme et l’animal. Les inspecteurs de l’OIAC expliquent qu’un millilitre de ce gaz peut tuer un homme adulte en quelques minutes seulement après exposition. Il est aujourd’hui considéré comme une arme de destruction massive par les Nations unies. C’est ce gaz qui avait été utilisé par la secte Aoum dans le métro de Tokyo en 1995.

Et maintenant?

L’OIAC a des équipes en Syrie pour investiguer sur l’usage d’armes chimiques par les troupes loyalistes ou par les rebelles. «Permettre que l’usage d’armes chimiques demeure impuni pourrait non seulement compromettre l’une des très rares évolutions positives du conflit syrien, mais constituerait aussi une menace de caducité des règlements internationaux concernant l’utilisation de gaz et d’agents neurotoxiques en même temps qu’elle augmenterait la probabilité d’un recours à de telles armes lors des attaques terroristes» écrivait début février le directeur général de l’organisation,Ahmet Üzümcü.

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