Moyen-Orient

L’Etat islamique s’avère un piètre belligérant

Le mouvement révèle de graves faiblesses depuis qu’il rencontre une résistance sérieuse

L’attaque est pathétique. Dans un véhicule tout-terrain au blindage bricolé, une poignée de djihadistes montent à l’assaut de forces kurdes en plein jour et à découvert. Tandis que certains tirent au fusil sur des cibles invisibles, d’autres tentent maladroitement d’armer des lance-roquettes. Arrive alors ce qui devait arriver: un projectile ennemi frappe le véhicule de plein fouet, obligeant les survivants à s’enfuir en rampant sous les balles.

Filmée par l’un des assaillants, la scène a été diffusée mercredi par le site d’information Vice News, avant d’être reprise par des médias du monde entier. Et pour cause: elle est non seulement spectaculaire, elle présente aussi une image inattendue des soldats de l’Etat islamique. Une image de piètres guerriers, mal équipés et mal entraînés, presqu’aussi empruntés contre des combattants endurcis qu’ils se montrent féroces contre les civils. Et si ce mouvement était finalement vulnérable sur le champ de bataille?

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L’Etat islamique a largement dû ses succès initiaux à la faiblesse de ses adversaires. L’armée irakienne, en main chiite, lui a abandonné au premier coup de feu les régions sunnites de Mossoul et de Tikrit. L’armée syrienne, aux prises avec différentes rébellions, n’a mis que peu d’énergie à le contrer. Et la coalition occidentale menée par les Etats-Unis, obsédée par son opposition au régime de Damas, s’est longtemps contentée de l’endiguer.

Profitant de cette situation, «l’Etat islamique a tenté d’imposer sa loi en usant d’une méthode nouvelle, l’usage d’une violence extrême diffusée à profusion sur les réseaux sociaux avant le lancement de ses offensives, indique Jean-Marc Rickli, professeur assistant au King’s College de Londres, à Doha. Mais une telle stratégie est efficace contre des troupes peu aguerries et peu motivées, pas contre des armées dignes de ce nom.»

Or, l’opposition aux djihadistes a fini par se renforcer sous l’effet de deux événements: le début de l’intervention militaire russe en Syrie, aux côtés du gouvernement de Damas, et les attentats sanglants perpétrés par l’organisation terroriste, un mois et demi plus tard à Paris. Après quelques atermoiements, Moscou et Washington se retrouvent aujourd’hui à bombarder de concert les troupes de l’Etat islamique, tout en déployant contre lui des forces spéciales au sol. Les Etats-Unis comptaient 240 conseillers militaires sur le territoire irakien en 2014, ils en ont près de 5000 aujourd’hui. Simultanément, confie Jean-Marc Rickli, l’armée de Bagdad a changé de stratégie pour passer de la lutte contre-insurrectionnelle, destinée à gagner les esprits et les coeurs, à la guerre classique, mieux adaptée à la reprise de territoires.

Des novices sur le champ de bataille

Dans cette nouvelle configuration, les faiblesses de l’Etat islamique apparaissent au grand jour. La première est humaine. Le mouvement dispose bien d’un noyau dur de partisans expérimentés, vieux combattants du djihad et anciens officiers du régime de Saddam Hussein. Mais l’écrasante majorité de ses soldats sont des novices engagés à la hâte sur le champ de bataille. «Les candidats sont sélectionnés dès leur arrivée, détaille Jean-Marc Rickli. Les moins bons sont désignés volontaires pour commettre des attentats suicides. Les autres reçoivent un entraînement de quelques jours, au plus quelques semaines, avant d’être jetés sur le front.»

A la piètre qualité des individus s’ajoutent les déficiences de l’ensemble. «La coordination des combattants sur le champ de bataille représente un défi majeur que les armées classiques, composées d’hommes soigneusement formés, entraînent en permanence, poursuit le chercheur. Elle doit représenter un casse-tête invraisemblable pour l’Etat islamique, qui hérite de soldats aux origines multiples et à l’expérience quasi nulle.»

L’organisation est par ailleurs pauvrement équipée. Si ses victoires initiales lui ont permis de piller différents arsenaux, il éprouve aujourd’hui les plus grandes peines à renouveler ses stocks. Passent encore les armes de petits calibres, relativement faciles à obtenir dans une région saturée de conflits. Mais les pièces d’artillerie ou les missiles représentent une autre paire de manches. Pour s’assurer une certaine force de frappe, l’Etat islamique est obligé de se débrouiller avec les moyens du bord. En installant des mitrailleuses sur des pick-up. Ou en lançant des attaques suicides, un camion bourré d’explosifs produisant le même effet qu’un obus de canon.

La plus grande faiblesse des djihadistes est ailleurs cependant. L’Etat islamique ne compte aucune force aérienne, ce qui laisse la maîtrise totale du ciel à ses adversaires. Or, «cette maîtrise est nécessaire, sinon suffisante, pour remporter une guerre classique», insiste Jean-Marc Rickli. De là vient le refus répété des Occidentaux de livrer des armes anti-aériennes aux groupes rebelles de la région, quels qu’ils soient, même alliés. Tombés entre de mauvaises mains, ces équipements pourraient modifier à nouveau le visage du conflit.

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