La capitale ougandaise, Kampala, a été secouée par deux explosions mardi. Rapidement, il est apparu qu’il s’agissait d’attentats suicides. Le bilan est de quatre morts et une trentaine de blessés, outre les deux kamikazes. Un troisième terroriste présumé a été blessé et arrêté par la police. Il a succombé à ses blessures. Selon les autorités, les trois personnes étaient des Ougandais.

Le double attentat a été revendiqué quelques heures plus tard par l’Etat islamique. Cela ne veut pas pour autant dire que la nébuleuse djihadiste a planifié ces attaques. Mais, depuis quelques années, elle endosse les actions du groupe ADF (les Forces démocratiques alliées), un mouvement né dans les années 1990 en Ouganda mais dont il a été chassé pour se réfugier en République démocratique du Congo (RDC) voisine. Les membres des ADF sont musulmans, comme environ 10% de la population ougandaise.

Alors que l’islam est marginal en RDC, les ADF font régner la terreur dans l’est du pays depuis le milieu des années 1990. L’armée congolaise n’est jamais parvenue à venir à bout de ce groupe insaisissable caché dans la forêt. En mai dernier, la RDC a déclaré l’état d’urgence ans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, remplaçant les autorités civiles par des militaires. Mais, depuis, plus de 1000 habitants ont été tués dans des attaques, selon le baromètre de sécurité au Kivu, un observatoire mis en place par plusieurs ONG.

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«Les armes et les dollars pleuvront»

La radicalisation du groupe est allée de pair avec son rapprochement avec l’Etat islamique. Selon une étude de l’Université Georgetown à Washington, les ADF auraient fait les premiers appels du pied à l’organisation djihadiste dès 2015. Le califat d’Abou Bakr al-Baghdadi, à cheval entre la Syrie et l’Irak, est alors au sommet de sa puissance. Isolés depuis des années, les ADF espèrent que «les armes et les dollars pleuvront», selon les propos d’un déserteur rapportés par les chercheurs américains.

Le leader des ADF, Musa Baluku, a prêté allégeance à l’Etat islamique au printemps 2019 dans une vidéo. Depuis, l’organisation terroriste globale se fait régulièrement l’écho des attaques du groupe dans ses organes de propagande. Les ADF sont considérés comme la province d’Afrique centrale du califat, mis en déroute au Moyen-Orient, mais qui multiplie les franchises en Afrique.

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Le soutien que reçoivent les ADF reste mystérieux. Toutefois, les chercheurs de Georgetown notent que la communication du groupe, relayée par l’Etat islamique, s’est professionnalisée. Les combattants, principalement Ougandais, auraient été rejoints par des ressortissants du Kenya, de Tanzanie, de Somalie ou du Mozambique, selon le témoignage de membres des ADF faits prisonniers par l’armée congolaise et interrogés par l’AFP en juillet dernier.

La RDC, potentiel aimant à djihadistes

Ce n’est pas la première fois que les ADF s’en prennent à l’Ouganda. En octobre dernier, un attentat à la bombe revendiqué par les ADF avait visé un bar, tuant une serveuse. Une autre attaque avait visé un bus, sans faire de victimes. Cette dernière action n’avait pas été revendiquée, mais les autorités ougandaises soupçonnaient aussi les ADF.

Les attaques contre l’Ouganda représentent-elles un retour aux sources ou une stratégie plus régionale? «Le modus operandi des ADF qui consistait à terroriser la population en RDC pour augmenter leur territoire a évolué. Désormais, le groupe est capable de planifier des attentats terroristes avec des bombes activées à distance et des vestes explosives», répond Laren Poole, qui a participé à la recherche de l’Université de Georgetown. Les experts américains mettent en garde les pays de la région. L’instabilité en RDC, son immense territoire et ses frontières poreuses en font un aimant à djihadistes.