L’Etat islamique a une faiblesse: sa direction

Moyen-Orient Selon les renseignements israéliens, Daech progresse dans la région

Mais son leader, Abou Bakr al-Bagdadi, est seul et n’a désigné aucun dauphin

Petit à petit, l’Etat islamique (ou Daech en arabe) pousse ses pions au Moyen-Orient. Pas seulement en Syrie et en Irak, mais également en Jordanie, où un nombre croissant d’habitants de la ville de Maan affichaient ces derniers jours leur soutien à cette organisation, ou en Libye où les djihadistes ont installé des camps d’entraînement dans l’est. En outre, au début du mois, le groupe terroriste égyptien Ansar Bayit al-Maqdas, qui opère dans le désert du Sinaï et y donne du fil à retordre à l’armée du Caire, s’est rallié au «calife» autoproclamé Abou Bakr al-Bagdadi, leader de l’Etat islamique.

Tout cela inquiète les dirigeants de l’Etat hébreu et les services de renseignement. Ceux-ci redoutent une déstabilisation de l’ensemble de la région ainsi qu’une «contamination» d’une partie de la minorité arabe d’Israël et des territoires palestiniens.

Durant l’été, une équipe d’analystes dirigée par Reuven Erlich, un ancien lieutenant-colonel de l’Aman (renseignement militaire) dirigeant aujourd’hui un centre d’étude lié au monde israélien de l’espionnage, a mené des recherches sur la nature de Daech, sur ses origines, sur son financement et sur son fonctionnement. Objectif? Dresser le portrait le plus fidèle possible de cette organisation. Beaucoup d’informations ont été recueillies et une partie en a été publiée dans un rapport de 158 pages diffusé depuis quelques jours dans les milieux spécialisés.

«Au terme de ce travail, je suis encore plus convaincu de la dangerosité de l’Etat islamique que par le passé, affirme Reuven Erlich. Mais je suis également persuadé qu’il faudra du temps et de gros moyens pour éliminer Daech. Que les frappes aériennes occidentales ne suffiront pas à l’empêcher de semer le malheur.»

Le rapport de Reuven Erlich et de son équipe contient de nombreuses données concernant l’histoire de l’organisation terroriste et son idéologie. Il estime que son effectif est en constante progression et l’évalue à au moins 25 000 personnes durant l’été 2014, dont une bonne moitié de combattants étrangers. C’est-à-dire non originaires d’Irak et de Syrie.

Indépendamment de ce recrutement extérieur appuyé par des actions massives de propagande sur Internet et sur les réseaux sociaux, l’organisation prépare l’avenir grâce à son «Ministère de l’éducation» qui fanatise les enfants et les adolescents des zones qu’elle contrôle en leur dispensant une sorte d’islam dénaturé. Fort éloigné de ce qu’est vraiment cette religion, en tout cas. Dans le cadre de ces opérations de prosélytisme, les moins de 15 ans sont obligés de fréquenter des mouvements de jeunesse. Ceux-ci sont baptisés Unité des oiseaux du paradis en Irak et Gouri al-Zarkaoui en Syrie. C’est en tout cas dans ces structures que les jeunes recrues sont initiées aux techniques du terrorisme et de la guérilla avec une prédilection pour le «martyre».

Repéré par les services de renseignement occidentaux à partir de 2004, Abou Bakr al-Bagdadi a commencé à se faire une réputation vers 2011-2012. Le rapport le décrit comme un homme «charismatique» mais solitaire puisqu’il tient seul les rênes de l’organisation. Il n’a d’ailleurs désigné aucun dauphin et ceux qui frayent dans son entourage sont considérés comme de pâles figures sans intérêt.

Pour les spécialistes israéliens, c’est précisément là que se trouve le point faible de Daech, puisque la liquidation de son chef le désorganiserait en profondeur. Grâce à ses drones tueurs, l’armée américaine a déjà tenté d’éliminer le «calife» autoproclamé à deux reprises au moins. Sans y parvenir. Pourtant, il suffirait simplement de le blesser pour perturber gravement le fonctionnement de l’Etat islamique.

Les experts estiment d’ailleurs que Daech est moins solide que sa propagande nele donne à penser. Parce que son effectif de 25 000 personnes ne permet pas d’établir et de consolider un pouvoir stable dans les territoires fort étendus qu’il a réussi à conquérir ces dernières années. Et parce qu’il suffirait d’endommager les installations pétrolières qu’il occupe pour réduire les ressources dont il a un besoin vital.

La liquidation du leader qui tient seul les rênes de l’organisationla désorganiserait en profondeur