L’Etat islamique veut sa monnaie

Moyen-Orient Les djihadistes introduiraient leurs propres pièces

Dans sa quête effrénée des signes extérieurs de souveraineté, l’Etat islamique (EI) a franchi une nouvelle étape. Dans un communiqué diffusé jeudi 13 novembre, l’organisation djihadiste a annoncé son intention de frapper sa propre monnaie. L’EI, qui contrôle un territoire aussi grand que le Royaume-Uni, à cheval sur l’Irak et la Syrie, mais en grande partie désertique, affirme vouloir s’affranchir du «système monétaire tyrannique» qui a conduit au «mercantilisme» et à «l’oppression des musulmans».

Monnaie de singe

Plutôt que de créer une monnaie de singe, les djihadistes ont choisi de restaurer les unités monétaires en vigueur sous les premiers califats: le dinar d’or, le dirham d’argent et le fils de cuivre. «Ils se sont déjà dotés d’une police, de tribunaux et de programmes scolaires. La monnaie est un nouveau symbole de l’Etat qu’ils s’efforcent de mettre en place», dit le chercheur Romain Caillet, observateur de la galaxie djihadiste.

Sur la pièce de 5 dinars, il est prévu de graver une carte du monde. Le minaret blanc de la mosquée des Omeyyades à Damas devrait apparaître sur la pièce de 5 dirhams. Ce lieu, que la tradition musulmane désigne comme le site du prochain retour sur terre de Jésus-Christ, est un élément central de la doctrine millénariste des djihadistes. Sur la pièce de 10 dirhams, la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam, devrait être représentée.

D’autres emblèmes moins chargés de sens, comme l’épi de blé et le palmier, figurent sur les projets de pièces de l’EI. Signe intrigant: la grande mosquée de La Mecque n’a pas retenu l’attention des concepteurs de la monnaie djihadiste. Faut-il y voir une volonté de ne pas offusquer la puissante institution wahhabite saoudienne, que certains soupçonnent de sympathies cachées pour Baghdadi et les siens?

Embargo financier

Sur le papier, le remplacement de la livre syrienne et du dinar irakien par une monnaie unique pourrait accélérer la fusion des deux territoires. Mais, dans les faits, l’embargo financier décrété par la communauté internationale à l’encontre du mouvement terroriste devrait dissuader ses fournisseurs de se faire payer dans une monnaie aussi compromettante. Pour les intermédiaires qui permettent à l’EI d’écouler sa production de pétrole, lui assurant des rentrées d’environ 1 million de dollars par jour (800 000 euros), le billet vert devrait rester la référence.

S’ils sont véritablement émis, les dinars et les dirhams djihadistes risquent d’intéresser davantage les numismates du monde entier que les résidents du «califat».