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«L’Etat devrait négocier avec les cartels»

De nouvelles violences ont entaché le début de la campagne pour les élections législatives et présidentielle

Quarante-neuf cadavres décapités et démembrés dimanche. Un journaliste retrouvé sans vie dans le coffre d’une voiture le lendemain. Des scènes de violence ordinaires au Mexique, où la guerre entre narcotrafiquants fait chaque année entre 10 000 et 12 000 victimes. Deux questions à Gareth Jones, professeur à la London School of Economics.

Le Temps: Comment expliquez-vous cette violence?

Gareth Jones: Elle est liée à la démocratisation du Mexique. Jusque dans les années 1990, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) dominait la scène politique. Il était l’interlocuteur unique des groupes de trafiquants de drogue à qui il permettait tacitement de poursuivre leurs activités criminelles, tant que cela ne devenait pas trop visible. Avec la décentralisation, les règles du jeu ont changé, de nouveaux acteurs sont apparus, introduisant la compétition politique. Les cartels de la drogue se sont autonomisés. Dès lors, pour contrôler le trafic de drogue, l’Etat s’est tourné vers la police et l’armée.

– En 2006, le président Felipe Calderon déclarait la guerre aux cartels de la drogue. Pourtant ces derniers semblent aujourd’hui plus forts que jamais. Pourquoi?

– Techniquement, l’armée mexicaine ne parvient pas à assurer une présence permanente dans les zones concernées. De plus, les narcotrafiquants sont intrinsèquement liés à la vie locale, familiale, culturelle et politique, mais aussi à un puissant marché transnational. C’est là qu’apparaissent les limites de l’approche de l’Etat, qui consiste à décapiter les cartels. Leur réseau social leur permet de remplacer très vite leurs leaders.

Il est improbable que le trafic de drogue diminue. L’Etat mexicain n’est pas sur le point de s’effondrer pour autant. Une solution pourrait être, plutôt que la guerre voulue par Calderon, la négociation politique avec les cartels. L’idée émerge dans le débat public, mais très timidement. A la veille des élections législatives et présidentielle, le 1er juillet, la sécurité nationale s’est imposée comme un thème crucial.

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