Donald Trump n’aura peut-être pas droit à une trêve de Noël. L’affaire russe et les investigations du procureur indépendant Robert Mueller le rattrapent. Dans ce contexte fébrile, le fait qu’il ait nommé William Barr comme nouveau ministre de la Justice n’a rien d’innocent. En mai 2017, il l’avait d’abord envisagé dans une autre fonction: comme avocat de défense face à l’affaire qui empoisonne son mandat.

Voilà qui en dit long sur les intentions du président des Etats-Unis. Empêtré dans le dossier de l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, rattrapé par les révélations de son ex-avocat Michael Cohen, il est plus déterminé que jamais à venir à bout de l’enquête du procureur Mueller. Son agitation est révélatrice.

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Influencer l’élection

Les choses se sont précipitées la semaine dernière. Le procureur fédéral de New York a publié des documents judiciaires mettant directement Donald Trump en cause dans l’affaire du versement d’importantes sommes d’argent à Stormy Daniels, une actrice pornographique, et à Karen McDougal, une ancienne playmate. Ces versements ont été faits par Michael Cohen afin d’acheter le silence de ces supposées maîtresses, pour maintenir intactes les chances de Trump d’être élu président.

Mais Michael Cohen a fait savoir très clairement qu’il avait agi «en coordination et sous la direction» de Donald Trump. Et que c’était bien dans le but d’influencer les résultats de l’élection présidentielle de 2016. Pour le procureur de New York, il s’agit d’une infraction à la loi sur le financement électoral. Il parle de «comportement criminel grave».

Transaction «privée»

Jusqu’ici, Trump avait d’abord fait mine de ne pas être au courant de ces versements, avant d’être contraint de changer de version. Lundi, il est de nouveau monté au front, affirmant que ces paiements n’avaient rien d’illégal. «Les démocrates prennent désormais une simple transaction privée et la qualifient à tort de contribution de campagne», a-t-il tweeté, en assurant à nouveau, en lettres majuscules, qu’il n’y a pas eu de collusion entre son équipe et les Russes.

Cohen accusé de mensonges

Donald Trump assure que «s’il y a eu erreur», c’est la responsabilité de Michael Cohen qui est engagée, pas la sienne. Son ancien avocat, qui a scellé un accord avec le procureur indépendant Robert Mueller, se met à parler, et Trump l’accuse ni plus ni moins que de «mentir pour alléger sa sentence».

Très attendu, son verdict sera rendu public ce mercredi. Rappelons que Michael Cohen est celui qui il y a quelques mois encore se disait prêt à «prendre une balle» pour Trump… Mardi prochain, c’est le volet judiciaire concernant Michael Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, qui devrait être traité, avec le prononcé de sa peine. Lui aussi a décidé de collaborer avec la justice. Et plutôt bien. Il pourrait échapper à une peine de prison ferme.

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Les nouveaux documents judiciaires recèlent également d’autres révélations. Selon Robert Mueller, un intermédiaire russe aurait dès novembre 2015 proposé une «collaboration politique» avec Moscou. Michael Cohen, qui était déjà en contact avec d’autres Russes, n’y aurait toutefois pas donné suite. Il a par contre admis qu’il négociait jusqu’en juin 2016 à propos de l’érection d’une Trump Tower en Russie. Egalement inculpé, Paul Manafort, l’ex-directeur de campagne de Donald Trump, se serait, selon Mueller, laissé aller à plusieurs mensonges à propos de ses contacts russes.

Ces révélations interviennent alors que le secrétaire général John Kelly, l’homme chargé de dissiper le chaos à la Maison-Blanche, est sur le départ, et que Trump a procédé à d’importants remaniements au sein de son équipe. Ces documents refont émerger auprès de certains démocrates l’idée de lancer une procédure de destitution. Mais les chances d’aboutissement restent faibles. Avec les «midterms», les démocrates ont bien repris la majorité à la Chambre des représentants – elle sera effective dès janvier –, mais ils restent minoritaires au Sénat. Or c’est bien au Sénat qu’il faudrait une majorité des deux tiers des voix pour décider du sort de Donald Trump. Deux présidents américains ont été soumis à une procédure d’impeachment – Andrew Johnson et Bill Clinton –, mais aucun n’a été destitué.

«Possibilité d’emprisonnement»

Donald Trump est par ailleurs protégé par son immunité. Mais le représentant démocrate Adam Schiff a lancé un avertissement. Il a été très clair sur CBS: «Il existe une réelle éventualité que le Ministère de la justice puisse inculper Donald Trump le jour où il quittera le pouvoir. Il pourrait alors être le premier président, depuis un bon moment, à faire face à une vraie possibilité d’emprisonnement.»

Voilà une raison de plus pour Donald Trump d’avoir désigné l’un de ses fidèles comme nouveau ministre de la Justice. William Barr a déjà su prouver sa loyauté envers Donald Trump. Il avait publié une opinion le 12 mai 2017 dans le Washington Post pour défendre le licenciement abrupt de l’ex-patron du FBI James Comey.

James Comey vient par ailleurs de refaire parler de lui. Il est sorti du bois dimanche à New York. Pour lui, une procédure de destitution enverrait un message confus, et c’est bien la sentence par les urnes qu’il prône. «Nous devrions tous faire le maximum pour nous assurer que les mensonges cessent le 20 janvier 2021», a-t-il lancé.