Plus de cinq heures d’interrogatoire, mené simultanément et dans des endroits séparés: les enquêteurs israéliens ont pris leurs précautions pour éviter toute tentative d’obstruction alors qu’ils questionnaient pour la première fois le premier ministre Benyamin Netanyahou et son épouse Sara dans l’«affaire Bezeq» ou «dossier 4000». Les deux sont considérés comme des suspects potentiels dans ce dossier qui porte sur des faits de corruption, pour lesquels la peine maximale encourue en Israël est de 10 ans de prison.

La justice soupçonne le premier ministre et son épouse d’avoir conclu un accord avec Shaul Elovitch, propriétaire d’Eurocom Group, une des plus grosses holdings du pays, et jusqu’à récemment actionnaire principal de Bezeq, première compagnie de télécommunications d’Israël. La transaction aurait permis à Benyamin Netanyahou et à sa famille d’obtenir entre 2014 et 2017 une couverture médiatique favorable sur le site d’information Walla, détenu par Bezeq. En échange, le premier, qui était alors ministre de la Communication, aurait facilité un accord entre son ministère et Bezeq pour des centaines de millions de francs. Ce dossier est de loin le plus dangereux pour le chef du gouvernement israélien. L’un de ses rares hommes de confiance, Shlomo Filber, ex-directeur général du Ministère des communications et soupçonné d’avoir joué les intermédiaires, a été arrêté et a fourni des preuves substantielles à son encontre.

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Nombreuses casseroles

Au fil des mois, les enquêtes s’accumulent autour de six affaires qui concernent directement ou indirectement le premier ministre. Elles sont menées par une police particulièrement persévérante, dirigée par un homme, Roni Alsheikh, pourtant nommé par Benyamin Netanyahou lui-même. Ce dernier devrait ainsi être entendu comme témoin dans un autre dossier, d’autant plus délicat qu’il touche à la sécurité du pays: l’«affaire des sous-marins», dans laquelle deux des avocats personnels du premier ministre ont été mis en examen. Des fonctionnaires israéliens auraient reçu des pots-de-vin en 2016 afin d’accepter l’achat de quatre patrouilleurs et trois sous-marins de classe Dolphin au constructeur naval allemand ThyssenKrupp en dépit de l’opposition du Ministère de la défense.

La police a également recommandé l’inculpation de Benyamin Netanyahou dans deux affaires. Dans la première, il est soupçonné avec son entourage d’avoir reçu pour 250 000 francs de produits de luxe en échange de faveurs financières ou personnelles. Dans la deuxième, il se serait rendu coupable d’une tentative d’accord avec le propriétaire du plus grand quotidien payant d’Israël, Yediot Aharonot, afin qu’il lui offre une couverture favorable.

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«Personne ne veut être Brutus»

Malgré les ennuis judiciaires, on aurait tort d’annoncer la mort politique de Netanyahou. Le premier ministre a évincé ses dauphins potentiels au sein de son parti, le Likoud, et pour l’instant «personne ne veut être Brutus assassinant Jules César», comme le résumait un analyste. Le temps joue aussi pour lui. Il faudra des mois avant que la décision de l’inculper soit prise – et la loi ne l’obligerait pas à se retirer dans ce cas.

Surtout, Benyamin Netanyahou est perçu par une partie de l’électorat comme le seul homme qui puisse garantir la sécurité d’Israël. C’est le message qu’il fera passer ce week-end auprès des lobbies américains pro-Israël réunis dans le cadre de la conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) à Washington. Un événement lors duquel un autre premier ministre s’était posé, en 2008, en défenseur incontournable d’Israël avant de se voir rattrapé par la justice: Ehud Olmert, sorti de prison en juillet dernier.