«Je demande l'ouverture de poursuites judiciaires contre le premier ministre.» Dans une lettre adressée mercredi au procureur général de l'Etat hébreu, le contrôleur de l'Etat, Michael Lindenstraus (l'équivalent de la Cour des comptes français mais avec des pouvoirs plus étendus), a estimé que certaines des interventions effectuées par Ehoud Olmert sont «contraires à la loi».

Dans le rapport de 35 pages joint à sa lettre, Michael Lindenstraus révèle en effet que lorsqu'il était ministre de l'Industrie et du Commerce (2003), Ehoud Olmert a aidé le patron d'une usine de traitement de silicate à obtenir un subside public de 48 millions de dollars (dont 9 millions non remboursables). Cela, alors que l'entreprise ne répondait pas aux critères fixés par les experts. Mais l'avocat de cette usine était - et est encore - un ami intime d'Ehoud Olmert et le contrôleur de l'Etat estime que cette relation privilégiée constitue un trafic d'influence.

Cette affaire est la première d'une longue série sur laquelle les services de Michael Lindenstraus procèdent à des investigations. L'un de ses dossiers concerne l'achat par Ehoud Olmert d'une maison à Jérusalem. Celle-ci lui a été vendue par un homme d'affaires étranger à un prix inférieur à la moyenne du marché.

Le dossier suivant concerne l'intervention d'Ehoud Olmert dans le processus de privatisation de la banque Leumi, le deuxième établissement bancaire de l'Etat hébreu. Alors ministre des Finances, le leader de Kadima est en effet accusé d'avoir aidé l'ancien propriétaire de sa maison de Jérusalem à acquérir une part conséquente des parts de la banque au détriment d'autres soumissionnaires. Enfin, une dernière enquête concerne la nomination de consultants au Ministère de l'industrie et du commerce. En théorie, ces personnes étaient censées conseiller les patrons de PME mais les personnes choisies pour occuper ces postes étaient des militants du Likoud (dont Ehoud Olmert était alors un dirigeant) qui ont passé la plus grande partie de leur temps à préparer les campagnes électorales de leur ministre.

Dès la publication du rapport, l'entourage du premier ministre a violemment réagi en accusant Michael Lindentraus de «manquer de professionnalisme» et de «poursuivre une guerre personnelle» contre le leader de Kadima. «Il ne pense qu'à se faire de la publicité et il est prêt à n'importe quoi pour arriver à ses fins», affirme-t-on. «Rien de ce qu'il raconte n'est vrai. Il ne comprend rien à rien.»

Commission Winograd

Quant aux commentateurs de la presse israélienne, ils estiment que la publication du premier rapport de Michael Lindenstraus marque le début d'une période agitée pour le premier ministre. Parce que les résultats des autres enquêtes seront également rendus publics dans les semaines à venir et parce que la Commission Winograd chargée d'enquêter sur les erreurs commises durant la guerre du Liban l'été dernier publiera également ses conclusions lundi prochain.

«Crédité d'un indice de popularité de 3% à peine et conscient qu'il est le premier ministre le plus impopulaire de toute l'histoire du pays, Ehoud Olmert se bat désormais pour sa survie politique, explique le chroniqueur politique Yoav Krakovsky. Il sait que personne ne lui fera de cadeau si la justice décide d'ouvrir une enquête à la demande de Michael Lindenstraus. Il s'attend d'ailleurs à ce que les autres dirigeants de Kadima tentent de le décramponner de son fauteuil si le rapport de la Commission Winograd s'avère accablant.» Le chroniqueur poursuit: «Depuis le début de la semaine, Ehoud Olmert et ses conseillers consultent à toute heure du jour et de la nuit. Ils s'entourent également de conseils d'intellectuels, d'écrivains et de personnalités susceptibles de publier l'une ou l'autre déclaration favorable au premier ministre. Mais cette démarche ne remporte pas beaucoup de succès pour le moment.»

Mis en veilleuse durant quelques semaines, les appels à la démission du premier ministre se sont d'ailleurs multipliés ces dernières heures. Ils émanent de députés d'opposition, de journalistes, mais également d'associations extraparlementaires. Regroupés en mouvement, les anciens de la deuxième guerre du Liban annoncent d'ailleurs des manifestations de masse dès la semaine prochaine.