C’est une affaire de plagiat qui fait la une des pages politiques de la presse allemande vendredi. Le ministre préféré des Allemands, le baron Karl-Theodor zu Guttenberg, 39 ans, est en effet accusé d’avoir recopié sans citer ses sources la propriété intellectuelle d’au moins 30 juristes dans sa thèse de doctorat en droit, présentée en 2007 devant l’Université de Bayreuth. Le ministre aurait plagié jusqu’à des colonnes parues dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung et la NZZ am Sonntag. Député à l’époque, il aurait par ailleurs confié en 2004 au service scientifique du Bundestag le soin d’effectuer pour lui quelques recherches sur les références à Dieu dans la Constitution américaine et recopié mot pour mot les dix pages du texte qui lui a alors été remis. Le travail de dissertation du ministre portait sur les différences constitutionnelles entre l’Europe et les Etats-Unis.

Ascension foudroyante

Sous pression, le ministre a reconnu vendredi avoir commis «quelques erreurs» et «provisoirement» renoncé à utiliser son prestigieux titre de Doktor en droit jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur cette affaire: l’Université de Bayreuth lui a donné deux semaines pour s’expliquer.

L’affaire fait grand bruit dans un pays où le titre de Doktor fait officiellement partie de l’identité de son propriétaire, au même titre que le prénom: 2% des salariés allemands, mais 50% des patrons et 12 des 16 ministres du gouvernement (dont Angela Merkel, en physique) ont un titre de docteur. L’opposition réclame la démission de celui qui était souvent présenté comme le successeur potentiel d’Angela Merkel. «S’il est avéré qu’il a effectué son travail de dissertation sur le dos du contribuable, alors il doit démissionner», exige Klaus Ernst, le chef du parti Die Linke.

«Cette affaire touche le ministre au cœur de son intégrité», constate le politologue Ulrich Sarcinelli, professeur à l’Université de Koblenz-Landau. De fait, l’affaire entache gravement l’image polie que Karl-Theodor zu Guttenberg soigne depuis les débuts de sa foudroyante ascension politique. Député conservateur depuis 2002, ministre de l’Economie (février 2009) puis de la Défense, le baron bavarois multiplie sur son site internet www.zuguttenberg.de les références morales: «La politique a besoin de transparence»; ou encore: «Je ne me soustrairai pas aux questions dérangeantes»…

Depuis des jours, le Net se déchaîne: une centaine de blogueurs se sont associés au projet «GuttenPlag» qui passe au crible les 475 pages de la dissertation du ministre. Hier, les responsables du projet assuraient que 68% des pages du travail du ministre contiendraient des éléments plagiés.

«Pour une fois, Guttenberg ne pourra pas s’en tirer en exigeant la démission d’un subordonné», souligne le député vert Jürgen Trittin. De fait, le ministre n’en est pas à son premier faux pas, même si deux tiers des Allemands approuvent toujours l’action de leur ministre. Depuis son arrivée à la Défense en octobre 2009, Karl-Theodor zu Guttenberg a dû faire face à l’affaire de Kunduz (des civils afghans tués lors d’une attaque aérienne commandée par la Bundeswehr), faire la lumière sur la mort d’un soldat tué par erreur par un camarade, s’expliquer sur l’ouverture systématique du courrier de soldats allemands en Afghanistan et gérer les remous provoqués par la mort d’une femme soldat dans la marine. Karl-Theodor zu Guttenberg a particulièrement besoin de crédibilité, alors qu’il vient d’engager la plus importante réforme de la Bundeswehr depuis sa création.