Ce week-end, comme tous les week-ends de l’année, une partie des Britanniques a fait la fête et a trop bu. Devant les pubs des centres-villes, des disputes ont éclaté et la police a dû intervenir. Mais si ce cliché des binge drinkers reste relativement vrai, le nombre de blessés aura été bien moins élevé qu’il y a vingt ans.

L’explication? En 1997, une nouvelle règle a été introduite pour n’utiliser que des verres renforcés, qui se brisent en tout petits morceaux en cas de choc, plutôt qu’en grands éclats coupants. Les ivrognes sont ainsi privés d’une arme extrêmement dangereuse. L’année précédant l’introduction de cette règle, 13% des violences de rue comprenaient l’utilisation de verres ou de bouteilles. L’année suivante, la proportion était tombée à 4%.

L’Angleterre n’a jamais été aussi sûre

Cet exemple est l’une des multiples explications de l’une des statistiques les plus étonnantes de ces dernières décennies: la chute constante des crimes et délits au Royaume-Uni. Leur nombre en Angleterre et au Pays de Galles (l’Ecosse et l’Irlande du Nord ont des statistiques séparées) est en recul de 67% depuis 1995, et de 37% depuis 2010. Les cambriolages sont au plus bas niveau depuis 35 ans et les braquages de magasin suivent à peu près la même tendance. Les violences et les meurtres aussi fortement chuté. L’Angleterre n’a jamais été aussi sûre.

«L’une des principales raisons de cette chute est la façon dont les choses sont organisées», explique au Temps Bernard Hogan-Howe, le patron de Scotland Yard, qui va prendre sa retraite fin janvier après cinq ans à la tête de la police du Grand Londres. En clair, du mobilier urbain aux alarmes dans les maisons, des techniques ont été développées pour déjouer les criminels.

Evolution technologique

Ainsi, les cambrioleurs ont longtemps éventré les magasins à la voiture bélier, avant de rafler la mise et de s’enfuir. La simple mise en place de bornes très lourdes scellées sur les trottoirs devant les boutiques les plus sensibles a permis de déjouer ce phénomène. L’évolution technologique joue également: voler une voiture est désormais devenu extrêmement difficile. Finie l’époque où on pouvait faire démarrer le véhicule en provoquant un contact entre les fils électriques. De même, arracher les téléphones portables n’a plus guère d’intérêt: leurs propriétaires peuvent les bloquer à distance, rendant l’appareil inutilisable. Attaquer les chauffeurs de bus ne sert plus à rien, ceux-ci n’ont presque pas de monnaie maintenant que le paiement se fait par carte magnétique. Pour une fois, la technologie semble avoir un temps d’avance sur les malfrats.

Bernard Hogan-Howe souligne aussi de nouvelles tactiques policières. «Nous avons décidé d’interpeller systématiquement les conducteurs de voiture sans assurance, explique-t-il. C’est un délit mineur, mais c’est aussi un très bon indicateur: leurs conducteurs sont souvent des récidivistes pour des crimes plus graves.»

Homicides en baisse

Même les homicides sont en nette baisse. En 2015, il y en a eu 518 en Angleterre et au Pays de Galles. Rapporté à la population, c’est le chiffre le plus bas depuis 1977 et le plus faible taux de tous les pays de l’OCDE. Selon Bernard Hogan-Howe, l’une des explications est l’accès très difficile aux armes à feu au Royaume-Uni. «Les forces de l’ordre de France ou de Belgique reconnaissent qu’il est plus facile de s’y procurer des pistolets semi-automatiques qu’ici.»

La Grande-Bretagne a l'avantage d’être une île, ce qui lui permet de mieux contrôler l’arrivée des armes à feu. Ses lois sont aussi parmi les plus strictes au monde. Après la tragédie de Dunblane en 1996, quand un forcené a tué 16 enfants et une enseignante dans une école écossaise, les armes de poing ont été entièrement interdites dans le pays. Résultat, il n’y a eu que 21 personnes tuées par une arme à feu en 2015 et la majorité des meurtres a eu lieu à l’arme blanche.

La tendance peut-elle continuer? Le développement d’Internet a fait apparaître une nouvelle catégorie de délits, les fraudes en ligne. Les statistiques sont récentes mais font apparaître une hausse rapide. Les criminels font comme le reste de la population et se déplacent vers le monde virtuel.

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