C'est la première fois qu'un responsable israélien fait un tel aveu. Dans un entretien étonnamment franc publié mercredi par le quotidien Haaretz, un proche conseiller et ancien chef de cabinet d'Ariel Sharon explique que l'objectif réel du plan de retrait de la bande de Gaza et d'une partie de la Cisjordanie proposé par le premier ministre israélien est de retarder le plus longtemps possible la création d'un Etat palestinien. Les propos de Dov Weisglass contredisent les déclarations du gouvernement israélien qui assure vouloir continuer à suivre la «feuille de route», plan de paix prévoyant la création d'un Etat arabe en Cisjordanie et à Gaza. Israël se dit prêt à reprendre les négociations avec les Palestiniens dès que leur direction aura changé.

Le bureau d'Ariel Sharon a publié mercredi un communiqué affirmant que le premier ministre restait engagé en faveur de la feuille de route. Celle-ci reste le «seul plan susceptible de permettre de progresser vers un accord politique viable» entre Israéliens et Palestiniens, affirme le communiqué. Le mois dernier, Ariel Sharon avait pourtant reconnu qu'Israël n'adhérait plus à ce plan parrainé par les Etats-Unis, l'Union européenne, la Russie et les Nations unies.

Dov Weisglass souligne dans Haaretz que l'Etat hébreu évite de négocier avec les Palestiniens, car il ne veut pas être contraint à des concessions sur des questions comme l'avenir de Jérusalem et le sort de millions de réfugiés palestiniens. Il précise que le plan Sharon de «désengagement unilatéral» de la bande de Gaza, qui doit être mis en œuvre l'an prochain, est destiné à empêcher une reprise des négociations. «Il fournit la quantité de formol nécessaire pour qu'il n'y ait pas de processus politique avec les Palestiniens», souligne-t-il.

Les propos de Dov Weisglass sont néanmoins à interpréter avec circonspection: ils semblent destinés à contenter l'aile dure de la droite israélienne. Ariel Sharon a perdu sa majorité parlementaire à cause de son plan de retrait et n'a pas réussi à élargir sa coalition durant les vacances parlementaires. La Knesset fera sa rentrée la semaine prochaine et votera sur le retrait de la bande de Gaza dans les mois à venir.

«Gel du processus de paix»

Le conseiller du premier ministre s'est exprimé alors que le conflit israélo-palestinien connaît un nouvel accès de fièvre avec l'opération «Jour de repentir» lancée par l'armée israélienne il y a une semaine dans le nord de la bande de Gaza en réponse à des tirs de roquettes palestiniennes. L'incursion, qui se poursuit, a fait quelque 80 morts chez les Palestiniens. «La signification du plan de désengagement est le gel du processus de paix», souligne le conseiller d'Ariel Sharon. «Effectivement, tout le projet baptisé Etat palestinien, avec tout ce que cela implique, a été retiré sine die de notre ordre du jour.» Et cela avec la bénédiction des Etats-Unis, ajoute-t-il. Dov Weisglass souligne que l'administration Bush a soutenu le plan Sharon pour geler le processus de paix avec les Palestiniens et conserver de vastes implantations juives en Cisjordanie. En vertu du plan Sharon, la grande majorité des colons juifs de Cisjordanie seront autorisés à rester sur place, observe-t-il. «Sur 240 000 colons, 190 000 ne seront pas déplacés.»

Le chef de l'opposition israélienne, Shimon Peres, a condamné les propos parus dans l'interview. «Nous ne connaîtrons pas la tranquillité et la sécurité tant qu'il n'y aura pas la paix», a-t-il dit. De son côté, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Nabil Chaath, a estimé que le conseiller avait révélé les véritables intentions d'Israël. «Weisglass affirme que les Américains le soutiennent et j'aimerais entendre la réponse américaine sur ce point.»