États-Unis

L’étonnante interview de Donald Trump sur Marine Le Pen, l’OTAN et autres thématiques

A l’approche de ses 100 jours au pouvoir ce samedi, le président américain a accordé un long entretien à l’Associated Press. Entre exagérations et petits arrangements avec la vérité, même l’agence d’information elle-même relève des déclarations «inintelligibles»

Interviews, tweets assassins, émissions télé… Donald Trump met tout à contribution pour défendre le bilan de ses trois premiers mois dans le Bureau ovale. Et ce, au moment même où sur Twitter, il éructe. Pour le président américain, la tradition des «100 premiers jours», qu’il a lui-même maintes fois évoquée, est «ridicule». Dans une entrevue le week-end dernier à l’Associated Press (AP), il estime même que ce marqueur constitue «une barrière artificielle» sans «véritable sens».

Dans ce long entretien, Donald Trump admet qu’il n’avait «jamais réalisé» l’énormité de la «responsabilité» du président. Il compare ses «énormes» audiences télé avec celles qu'a eues l’attaque terroriste du 11-Septembre, affirme n’avoir jamais entendu parler de Wikileaks quand il en a fait mention plusieurs fois lors de la campagne électorale, et se trompe sur le nombre de missiles qu’il a tirés sur la Syrie. Quand des observateurs pointent ses maigres réalisations, il réplique qu’«aucune administration n’a autant accompli en 90 jours». L’AP juge 15 de ses déclarations «inintelligibles». Florilège.

L'interview originale à Associated Press

1- «L'incroyable alchimie» avec Angela Merkel, la chancelière allemande

TRUMP: Ouais, c'est drôle: l'une des meilleures alchimies que j'ai eues, c’est avec Merkel. 

AP: Vraiment?

TRUMP: La chancelière Merkel. Je suppose que quelqu'un a crié: «Serrez-lui la main, serrez-lui la main», vous savez. Mais je ne l’ai jamais entendu. Et j'avais déjà serré sa main quatre fois. Vous savez, parce que nous étions ensemble depuis longtemps. 

AP: Aviez-vous prévu que vous auriez une bonne alchimie avec elle?

TRUMP: Non. Parce que, je suis en désaccord, vous savez, les paiements de l'OTAN, et je suis en désaccord sur l'immigration. Nous avons eu une alchimie incroyable. Et les gens m'ont donné du crédit pour avoir une excellente alchimie avec tous les leaders, y compris Al-Sissi… (président de l’Egypte).  

[Lors de la rencontre entre Donald Trump et Angela Merkel en mars à la Maison-Blanche, les caméras de télévision ont montré un président Trump détournant son regard de la chancelière, manifestement gênée, malgré les appels des photographes qui souhaitaient filmer une poignée de main.]

2- «Tout le monde peut faire des prédictions sur les gagnants»  (à propos de Marine Le Pen)

AP: Croyez-vous qu'elle devrait être la présidente?

TRUMP: Non, je n'ai pas de commentaires à ce sujet, mais je pense que [l'attaque des Champs-Elysées] l'aidera probablement parce qu'elle est la plus dure sur les questions frontalières et elle est la plus dure sur ce qui se passe en France.

AP: Cela ne vous inquiète pas qu'en disant cela, qu'un attentat peut avoir un impact sur une élection, cela pourrait galvaniser des terroristes...

TRUMP: Non. Ecoutez, tout le monde fait des prédictions sur qui va gagner. Je ne suis pas différent de vous, vous pourriez dire la même chose (...) 

AP: Juste pour être clair: vous ne la soutenez pas pour la présidence (...)

TRUMP: Je ne l'appuie pas et je n'ai pas mentionné son nom.

AP: Bien, je voulais juste m'assurer que j'avais bien compris.

TRUMP: Je crois que celui qui est le plus dur sur le terrorisme islamique radical et sur la question des frontières se sortira bien de ces élections. Je ne dis pas que cette personne va gagner, elle n'est même pas donnée favorite, vous savez. A l'heure actuelle, elle est en deuxième position.

3- «Maintenant je sais beaucoup de choses sur l'OTAN»

TRUMP: [Les médias] ont de moi une citation qui dit que l'OTAN est obsolète. Mais ils n'ont pas dit pourquoi elle était obsolète. J'étais sur «Wolf Blitzer» (émission télé d’un journaliste américain), une interview très juste, la première fois qu'on m'a posé des questions sur l'OTAN, parce que je n'étais pas au gouvernement. Les gens ne me questionnent pas sur l'OTAN si je construis un immeuble à Manhattan, n'est-ce pas? Alors ils m'ont demandé, Wolf... m'a questionné sur l'OTAN, et j'ai dit deux choses. L'OTAN est obsolète – ne sachant alors pas grand-chose de l'OTAN, maintenant je sais beaucoup de choses sur l'OTAN – l'OTAN est obsolète, et je l'ai dit: «Et la raison pour laquelle elle est obsolète, c'est parce qu'ils ne se concentrent pas sur le terrorisme. Quand ils ont créé l'OTAN, il n'y avait pas de terrorisme. »

Lire aussi: La vérité selon Donald Trump

4- «Cent pour cent, le mur va être construit» (à propos de la frontière avec le Mexique)

TRUMP: Mes supporters savent que le mur va être construit. Que je le fasse financer ici ou que je le finance peu de temps après, ce mur sera construit, OK? Cent pour cent. Cent pour cent, il sera construit. Et il va se construire également pour beaucoup moins d'argent – j'espère que vous comprenez cela – que l’estimation de ces gens. Les opposants parlent de 25 milliards de dollars pour le mur. Il ne coûtera rien d'approchant.

AP: Vous pensez à 10 milliards de dollars ou à moins.

TRUMP: Je pense à 10 milliards de dollars ou moins. Si je fais un mur «super-duper» (?), plus haut, en mieux, une meilleure sécurité, et tout le reste, peut-être qu’il coûtera un peu plus. Mais il ne va pas approcher ce genre de chiffre. Ils utilisent ces nombres; ils utilisent les nombres élevés pour que ça sonne fort, dérangeant («impalatable», un mot qui n'existe pas, relève l’AP). En réalité, il coûtera beaucoup moins d'argent, tout comme l'avion dont je vous ai parlé, au sujet duquel j'espère que vous pourrez écrire.

[Des responsables mexicains ont, à maintes reprises, récusé l’idée de payer pour la construction du mur. Le 18 avril, un groupe de démocrates au comité sur la Sécurité intérieure du sénat a évalué sa construction à 66,9 milliards de dollars. Deux mois auparavant, un rapport de la Sécurité intérieure tablait sur 21,6 milliards.]

5- «A mon avis, la presse est devenue plus méchante»

TRUMP: (…) J'avais bonne presse. Maintenant, j'ai la pire presse. Je constate une couverture tellement malhonnête des médias. C'est une autre chose qui a vraiment – je n'ai jamais vu quelque chose comme ça auparavant. Cela s'est produit pendant les primaires, et j'ai dit, vous savez, quand j'ai gagné, j'ai dit: «Bien, la bonne chose maintenant, c’est que je vais avoir une bonne presse.» Et cela a empiré. (Inintelligible) Et cela m’a surpris. Je pensais que la presse deviendrait meilleure à mon égard, et en fait, à mon avis, ils sont devenus plus méchants.

Publicité