Après Rocco Buttiglione, qui s'est retiré samedi de l'équipe de commissaires de José Manuel Barroso, la Lettone Ingrida Udre, controversée pour des affaires de financement de parti politique et pour ses opinions eurosceptiques, a été remplacée par son gouvernement.

La Commission perd une des huit femmes que José Manuel Barroso se flattait de compter dans son équipe de 24 commissaires, mais le profil du nouveau candidat proposé par Riga devrait être beaucoup plus acceptable pour le Parlement européen que celui d'Ingrida Udre. Andris Piebalgs, 47 ans, est un ancien ministre de l'Education et des Finances qui, de plus, a longtemps, en tant que diplomate, représenté les intérêts de son pays auprès de l'Union européenne. Il avait été pressenti comme chef de cabinet par Ingrida Udre, qui aurait dû gérer le portefeuille de la Fiscalité. Ce changement est intervenu à la demande du président de la Commission européenne, a indiqué Riga. Ni le gouvernement letton, ni le futur président de la Commission n'ont voulu indiquer quel portefeuille lui serait réservé.

José Manuel Barroso pourra-t-il, néanmoins, comme il l'ambitionne, proposer sa nouvelle équipe remaniée lors du Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement qui a lieu jeudi et vendredi à Bruxelles? Cela ne dépend pas que de lui. A Rome, d'intenses tractations couplées à un probable remaniement ministériel du gouvernement Berlusconi sont en cours. La presse italienne croit pouvoir compter sur une annonce dès ce soir: pour l'heure, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, semblait favori pour remplacer, à Bruxelles, Rocco Buttiglione.

L'incertitude perdure aussi sur le futur commissaire hongrois. Le Parti populaire européen (PPE, conservateur), furieux de voir Rocco Buttiglione, l'un des siens, au centre de la polémique qui a empêché l'investiture de la Commission Barroso mercredi passé, a réclamé la tête du socialiste hongrois Laszlo Kovacs, qui a fait piètre figure lors de son audition devant le Parlement. Le PPE a d'ailleurs estimé hier, après l'annonce du retrait d'Ingrida Udre, qu'il fallait encore des changements. La gauche de l'Europarlement semblait résignée la semaine passée à voir Laszlo Kovacs disparaître de l'équipe Barroso. Mais de sources hongroises à Bruxelles, on disait hier ne pas envisager de changer de candidat.

Reste à connaître le sort de Neelie Kroes, la commissaire néerlandaise dont les fonctions prévues à la Concurrence présentent un risque important de conflit d'intérêts. Pour l'instant, les Pays-Bas n'ont pas indiqué qu'ils lui retiraient leur soutien, au contraire. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Bernard Bot, a estimé hier que la composition de la Commission était de la compétence de José Manuel Barroso, mais ajouté qu'il «n'avait aucun doute sur la prochaine confirmation» de Neelie Kroes.