«Nous allons demander que soit respecté le vote des citoyens et que les désignations soient retardées», affirme le président de la Commission des affaires constitutionnelles de l'Europarlement, Jo Leinen. Ce message devrait être transmis ce mardi à Strasbourg au secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet.

La France, présidente de l'UE au second semestre 2008, doit théoriquement faire accoucher les Vingt-Sept d'au moins deux noms: celui du futur président du Conseil de l'Union, nommé pour deux ans et demi; et celui du futur haut représentant pour la politique extérieure, qui sera également vice-président de la Commission. Ces deux fonctions découlent directement du nouveau traité européen dont l'entrée en vigueur, s'il est ratifié par tous les Etats membres, est prévue pour le 1er janvier 2009. Leur nomination, selon le texte, est le fait des chefs d'Etat et de gouvernement.

«Equilibre politique»

«Or si l'on se fie à l'esprit du traité, un report de ces nominations est logique», argumente l'eurodéputé français Alain Lamassoure (PPE), qui vient d'achever une mission sur l'application du droit européen aux citoyens, à la demande de Nicolas Sarkozy. Pour l'eurodéputé, les deux postes doivent être pourvus en même temps que celui de président de la Commission, et de président de l'Europarlement, pour parvenir à un «équilibre politique». Cette vision est soutenue par l'ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, qui présentera un rapport le 16 juin prochain.

«Faire un paquet est une réalité de bon sens, poursuit Alain Lamassoure. La coalition majoritaire nommera son candidat pour la Commission européenne. Les autres nominations suivront...» Cet argument s'appuie sur le fait que le futur haut représentant, aux compétences élargies, doit donc, comme tous les membres du «collège», être investi par le parlement. «L'Europe manque d'hommes d'Etat, complète Alain Lamassoure. Ne les mettons pas en difficulté.»

Ce jeu de dominos politique sème déjà le trouble au sein des personnalités citées, qui n'ont sans doute guère envie de voir peu ou prou leur sort décidé par les futurs 750 députés européens. L'ancien premier ministre britannique Tony Blair, ou l'actuel chef de gouvernement luxembourgeois Jean-Claude Juncker, tous deux cités pour le poste de président du Conseil, sont les premiers concernés.

Autre bataille

D'autant que le Luxembourgeois mène, dit-on en coulisses, une autre bataille: obtenir un renforcement du rôle et des moyens de ce président face à la présidence semestrielle de l'UE qui continuera d'exister. «Il s'agit bien d'un président du Conseil européen, pas d'un président de l'UE, ni d'un président de l'Europe. Son travail essentiel consistera à assurer une coordination entre Etats membres», nuance, à Strasbourg, Jean-Luc Dehaene. Peu d'eurodéputés croient toutefois pouvoir faire fléchir les Etats. «L'idée serait plutôt de négocier un «paquet» pour la prochaine échéance, en 2014», confie l'ancien premier ministre belge.

Afin d'éviter que les Vingt-Sept ne décident à l'avance du futur président de la Commission - José Manuel Barroso est déjà en campagne - d'autres hypothèses circulent, comme un report de l'entrée en vigueur du nouveau traité européen, aujourd'hui ratifié par 13 pays. «Il suffit qu'un Etat ne remette pas ses instruments de ratification. C'est uniquement formel et cela permettrait de faire coïncider le calendrier», explique un eurodéputé. La République tchèque, qui présidera l'UE au 1er janvier 2009, pourrait s'y prêter. A moins que d'ici là, le train ne déraille si les Irlandais, seuls à tenir un référendum, disent non lors du vote le 12 juin prochain.