Migration 

«L'Europe est complice en Libye»

Amnesty International accuse les gouvernements européens de complicité de nombreux crimes pour bloquer les migrants en Libye

Le tollé provoqué par la vente de migrants comme des esclaves en Libye sonne faux, estime Amnesty International dans un rapport qui paraît ce mardi. L’ONG a interrogé des dizaines de rescapés passés par les centres de détention libyens. Les migrants y sont torturés, pour certains exécutés, et extorqués avant d’embarquer pour l’Europe.

Le constat d’Amnesty est cinglant: «En apportant un soutien actif aux autorités libyennes pour stopper les traversées de la Méditerranée et bloquer les migrants en Libye, les gouvernements européens se rendent complices de ces crimes», accuse John Dalhuisen, directeur pour l’Europe à Amnesty International.

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Depuis fin 2016, les pays européens collaborent notamment avec les garde-côtes libyens censés intercepter les embarcations de migrants en mer. Ils leur fournissent des formations et des équipements, y compris des bateaux. Le 6 novembre dernier, l’un de ces navires fourni par l’Italie a été impliqué dans le naufrage d’un canot pneumatique qui a coûté la vie à une cinquantaine de personnes, dénonce Amnesty International, qui s’appuie sur une vidéo. Selon ces images, les garde-côtes libyens n’ont pas fait le nécessaire pour sauver les occupants du canot, qui était en train de sombrer.

Division du travail

Pour Amnesty, les gardes-côtes libyens «sont connus pour agir en collusion avec les réseaux de passeurs». Ils se diviseraient même le travail. Dans les centres de détention, peut-on lire dans le rapport, les gardiens torturent les migrants pour leur extorquer de l’argent. S’ils peuvent payer, ils sont libérés. Parfois ils sont remis à des passeurs qui leur font quitter la Libye en coopération avec les gardes-côtes libyens.

Pour briser ce «cycle d’exploitation», l’ONG prône la réinstallation de dizaines de milliers de réfugiés sur sol européen. Lundi, le Haut-commissariat aux réfugiés a lui aussi appelé la communauté internationale à trouver des places d’accueil pour 1300 personnes vulnérables coincées en Libye.

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Amnesty salue en revanche la récente décision de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga d’accepter 80 réfugiés en provenance de Libye, comme un premier pas. La Suisse coopère aussi avec les autorités libyennes et d’autres pays africains concernés par ces migrations. Elle a notamment organisé un sommet à Berne mi-décembre.

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