Monde arabe

L’Europe compte mobiliser 6000 militaires en Libye

Après six ans de chaos, un gouvernement d’union nationale devait entrer en fonction lundi à Tripoli. L’UE entend soutenir le nouveau pouvoir, notamment pour faire face à Daech qui progresse à l’est du pays

Environ 6000 militaires européens seraient déployés sous commandement italien prochainement en Libye. Officiellement, ils seraient chargés de lutter contre les passeurs – près de 300 000 réfugiés seraient prêts à traverser la Méditerranée pour venir chercher asile en Europe –, de former les services de sécurité et de sécuriser des lieux stratégiques comme des installations pétrolières, des banques ou des hôpitaux. Officieusement, ils soutiendraient l’armée libyenne face à l’Etat islamique (Daech) qui gagne du terrain dans l’est du pays. Une telle mission serait menée sur invitation des autorités libyennes. La formation d’un gouvernement d’union nationale est à bout touchant. Son objectif: mettre fin au chaos qui règne dans le pays après la mort du colonel Kadhafi en 2011.

Un tel gouvernement devait être intronisé lundi soir par d’un vote de confiance du parlement libyen. Le premier ministre désigné Fayez al-Sarraj s’active déjà à former son cabinet. «La mise en place du nouveau pouvoir est inéluctable, confie Ali Wahida, politologue libyen basé à Bruxelles. Des obstacles de dernières minutes ne sont pas exclus, mais ils ne pourraient que retarder quelque peu le processus.» Selon lui, tous les facteurs sont réunis tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger pour préparer un nouveau départ. Ali Wahida fait remarquer que le soutien d’une armée réunifiée est désormais acquis aux nouvelles autorités.

Les signes concrets de la décrispation ne manquent pas. Issu de longues et difficiles tractations entre diverses factions libyennes sous l’égide de l’ONU, le nouveau gouvernement a pris le contrôle des sièges de deux ministères lundi à Tripoli. Le premier ministre et son équipe sont arrivés dans la capitale il y a trois semaines. La ville était jusqu’à là sous le contrôle des miliciens nationalistes et islamistes de Fajr Libya, un groupe opposé au gouvernement légitime exilé à Tobrouk. Ces derniers jours, Fayez al-Sarraj a gagné le soutien d’acteurs économiques clés dont la compagnie nationale pétrolière, la banque centrale et une partie des administrations régionales.

La motion de confiance qui devait être votée hier soir n’est pas anodine. Un tel vote a déjà été renvoyé à six reprises, faute de quorum. Selon l’AFP, une large majorité des députés étaient présents hier soir au siège du parlement.

Autre signe qui ne trompe pas, la mission onusienne dirigée par l’Allemand Martin Kobler est arrivée dimanche à Tripoli. Jusqu’à présent, elle opérait depuis la Tunisie voisine. «Aujourd’hui, je ne viens pas en visite à Tripoli, a-t-il déclaré dimanche. L’ONU s’installe en Libye.»

A l’étranger, les regards sont aussi braqués sur Tripoli. Ces derniers jours, cinq ministres européens des Affaires étrangères (Italie, Espagne, France, Allemagne et Royaume-Uni) se sont rendus sur place pour soutenir Fayez el-Sarraj. Hier, la Libye était l’un des sujets majeurs lors de la réunion de ministres européens des Affaires étrangères au Luxembourg. «Nous avons préparé une enveloppe d’aide de 100 millions d’euros tant dans les domaines économiques que sécuritaires», a annoncé Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne. Une conversation par vidéoconférence était prévue hier soir entre le chef du gouvernement libyen et les ministres européens.

A son arrivée hier matin à la réunion, le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a déclaré qu’il était indispensable pour l’Europe d’aider la Libye. «Nous sommes préoccupés par de nombreux problèmes dont la progression de Daech, le trafic d’armes et les migrants, a-t-il dit. L’aide européenne sera affectée à réorganiser les forces libyennes de sécurité, l’armée, les gardes-frontières et les gardes côtiers.»

C’est le journal britannique Daily Mail qui a fait état hier du déploiement de 6000 militaires européens prochainement en Libye. Le journal explique que Londres s’apprête à mettre à disposition un millier d’hommes au commandement italien dont le principal but serait de combattre les milices de Daech. Une centaine de militaires britanniques appartenant aux forces spéciales y seraient déjà opérationnels.

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