L’Europe a ouvertement critiqué samedi la dernière frappe meurtrière de l’Otan en Afghanistan, au moment où l’UE cherche à établir une nouvelle stratégie dans le pays en le poussant à prendre davantage en main ses affaires et à mieux lutter contre la corruption.

Le bombardement vendredi dans la province de Kunduz de deux camions-citernes d’essence volés par des talibans, qui aurait fait au moins 90 morts, a assombri une réunion vendredi et samedi à Stockholm des chefs de la diplomatie européens, consacrée principalement à l’aide à l’Afghanistan.

Se démarquant de l’Allemagne - dont un officier a donné l’ordre de tir et qui a au contraire défendu l’opération par le «danger» que représentait ce vol de citernes - le Français Bernard Kouchner a qualifié l’incident de «grosse erreur». Il a estimé que la stratégie en Afghanistan devait être «principalement de travailler avec le peuple afghan, pas de le bombarder».

Le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, lui a fait écho en jugeant que «cette opération n’aurait pas dû avoir lieu», tandis que son homologue italien Franco Frattini a parlé d’»actes terribles qui ne devraient jamais se produire».

Son collègue britannique, David Miliband, a redouté la veille que l’incident «sape» la stratégie des Occidentaux en Europe.

«Chaque mort est une tragédie et je ne pense pas que l’on va gagner cette guerre en tuant (...), cela se fera en premier lieu en protégeant la population», a résumé le ministre suédois Carl Bildt, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UE. «Si l’on peut éviter ce genre de choses et se concentrer davantage sur les aspects politiques et civils de ce qui se passe en Afghanistan, ce serait mieux», a-t-il ajouté.

Les Européens, qui comptent parmi les principaux pourvoyeurs d’aide civile et économique à l’Afghanistan, entendent justement faire pression sur le futur président du pays et son gouvernement. Objectif: que Kaboul fasse davantage en matière de bonne gouvernance, lutte contre la corruption et de respect des droits de l’Homme.

Sur tous ces sujets ainsi qu’en matière de lutte contre la production d’opium - 90% de l’héroïne mondiale vient d’Afghanistan -, «il faut en faire plus», estime Carl Bildt.

«Si l’administration est corrompue, nous pouvons apporter beaucoup d’argent sans avoir les résultats attendus», renchérit la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero Waldner.

Les chefs de la diplomatie européens sont d’accord pour qu’un sommet UE-Pakistan et une conférence internationale aient lieu sous la présidence espagnole de l’UE, qui commence le premier janvier 2010, a dit le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos.

Selon Franco Frattini, participeraient à cette conférence internationale les les ministres des Affaires étrangères de l’UE mais aussi d’autres pays.

Mais les Européens sont inquiets de l’incertitude électorale qui persiste dans le pays suite au scrutin présidentiel du 20 août, avec une multitude d’accusations de fraude, qui font craindre un affaiblissement accru du pouvoir central en Afghanistan après la proclamations des résultats.

Lors des élections, «il y a eu beaucoup de cas de fraude, et en conséquence il faudra voir au bout du compte si nous aurons un gouvernement crédible», s’est inquiétée Mme Ferrero-Waldner.

L’annonce du résultat final de l’élection présidentielle en Afghanistan est attendue au plus tôt pour le 17 septembre.

Depuis le lendemain du scrutin présidentiel, le camp du président sortant Hamid Karzaï clame sa victoire, tandis que son ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah affirme être en tête.