L’objectif est «de couper l’accès aux financements du régime», a expliqué un diplomate européen au cours d’une réunion des ministres des Affaires de l’UE à Bruxelles. Les sanctions de l’UE prévoient notamment l’interdiction d’exporter vers la Syrie des équipements à destination de l’industrie gazière et pétrolière ou des logiciels permettant la surveillance des communications internet et téléphoniques.

Le nouveau train de mesures – le dixième à l’encontre de Damas – comporte en outre un important volet financier, comme l’arrêt des crédits «concessionnels» (à taux avantageux) à l’Etat syrien, celui des aides ou des garanties à l’exportation vers la Syrie accordées aux entreprises européennes, ou encore l’interdiction des échanges d’obligations d’Etat syriennes.

Les Etats-Unis ont de leur côté fait état de sanctions qui vont toucher cette fois-ci un oncle du président syrien Bachar al-Assad et un général. Ils ont parallèlement décidé de sanctionner deux nouvelles entités appartenant au gouvernement syrien, dont la deuxième banque du pays.

Le dernier bilan des victimes depuis le début de la répression, il y a huit mois, contre la contestation en Syrie est d’au moins 4.000 morts, a pour sa part annoncé jeudi la Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Navi Pillay.

Du côté de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe une bonne partie de l’opposition, et l’Armée syrienne libre (ASL), formée de soldats déserteurs syriens, se sont engagés à coordonner leurs efforts contre le régime lors d’une première rencontre en Turquie.

Les deux parties ont souligné que «le devoir de l’Armée syrienne libre est de protéger le peuple et de ne pas attaquer» le régime syrien, a dit Khalid Hodja. «Nous sommes tombés d’accord pour que le Conseil et l’armée soient en coordination», a ajouté ce responsable, membre du comité des relations étrangères du CNS.

La Syrie a immédiatement réagi aux nouvelles sanctions occidentales en suspendant son adhésion à l’Union pour la Méditerranée (UpM), créée en juillet 2008 à l’initiative de la France.

Ce retrait intervient alors que l’isolement de la Syrie s’accentue dans le monde arabe.

Après Bahreïn, le Qatar et l’Arabie saoudite, une quatrième monarchie du Golfe, le Koweït, a appelé jeudi ses ressortissants à quitter la Syrie, secouée par une révolte populaire réprimée dans le sang.

Mardi, le royaume saoudien a annoncé une mesure similaire, deux jours après Bahreïn et le Qatar qui, comme le Koweït, sont membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui regroupe aussi le sultanat d’Oman et les Emirats arabes unis.

Dimanche, la Ligue arabe avait adopté des sanctions sévères contre la Syrie, les premières de cette ampleur à l’encontre de l’un de ses membres, prévoyant notamment un gel des transactions commerciales avec le gouvernement syrien et de ses comptes bancaires dans les pays arabes. Elles comprennent aussi une interdiction de voyager dans les pays arabes pour des responsables syriens, ainsi que la suspension des liaisons aériennes entre les pays arabes et la Syrie.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, invité par les ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles, a cependant rejeté les accusations de la Syrie sur sa volonté d’internationaliser le conflit.

Six civils ont encore été tués jeudi par les forces de l’ordre syriennes qui ont procédé à des perquisitions et des ratissages dans la région de Hama (centre), a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).