La tension persistait jeudi à Goma, la capitale du Nord-Kivu, à l'extrême est de la République démocratique du Congo (RDC), terrain depuis dimanche d'une offensive du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) contre l'armée régulière. Mercredi soir, alors que la rébellion tutsie congolaise semblait sur le point de prendre la ville, le chef de la rébellion, Laurent Nkunda, avait déclaré un «cessez-le-feu unilatéral», apparemment respecté depuis. Jeudi matin, il affirmait toutefois à l'AFP que la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) ne «l'empêchera» pas de faire route sur Goma.

Situation «catastrophique»

Reprenant les propos de Max Hadorn, le chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en RDC, Marçal Izard, le porte-parole de l'institution, a évoqué une situation humanitaire «catastrophique». «Deux hôpitaux ont été pillés à Goma. Nous craignons que les pillages ne continuent. Beaucoup de gens sont arrivés de Rutshuru (ndlr: plus au nord, où ont sévi les combats en début de semaine) à Goma, où ils sont regroupés dans des bâtiments publics. Mais il n'y a presque pas d'eau potable et d'accès aux soins, ce qui ajoute au stress de ces gens, dont certains ont déjà fui plusieurs fois depuis le 25 août.»

Des ONG, dont la britannique Oxfam, ont suspendu leurs activités à Goma. Plusieurs dizaines de milliers de civils sont affectés, dont le sort alarme la diplomatie internationale. Mercredi, le Conseil de sécurité des Nations unies avait exprimé «sa grande inquiétude au sujet des conséquences humanitaires dramatiques des récents combats» et adopté une résolution, unanime mais non contraignante, pour condamner l'offensive du CNDP.

«La condamnation des Nations unies et les appels à la retenue lancés aux rebelles ne sont pas des messages qui permettront que cela s'arrête», estime Bob Kabamba, professeur à l'Université de Liège. Selon lui, la trêve est une «stratégie» des belligérants pour se réorganiser. «Il va y avoir une nouvelle escalade et Goma va chuter dans les jours qui viennent», redoute le spécialiste.

Pour parer à ce risque, Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, a réaffirmé que l'Union européenne examinait «toutes les options». Dépêché mercredi à Kinshasa, capitale de la RDC, le commissaire à l'Aide humanitaire, Louis Michel, devait se rendre ce vendredi au Rwanda voisin, accusé par la RDC de soutenir l'assaut de Laurent Nkunda. Le Comité politique et de sécurité de l'UE doit par ailleurs se réunir ce matin pour jauger l'éventualité d'envoyer au Nord-Kivu un contingent de soldats européens. Déjà, la Belgique et la France, qui préside l'UE, s'y sont déclarées favorables. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a esquissé la possibilité d'une mission «technique et humanitaire» d'appui à la Monuc. Sans l'exclure, Londres a jugé hier qu'il était «trop tôt» pour décider d'une telle mission.