Géopolitique

L'Europe rêve de son «retour» en 2018

Emmanuel Macron a utilisé l'expression en Chine. Une promesse européenne fort appréciée à Bruxelles, à la veille d'une réunion des pays méditerranéens mercredi à Rome, et à l'approche des élections législatives italiennes

Ils en rêvaient et Emmanuel Macron l'a dit. A peine arrivé lundi en Chine, où il a achevé ce mercredi sa première visite en tant que chef d'Etat, le président français a prévenu ses hôtes. «L'Europe est de retour», a-t-il déclaré, proposant à Pékin de s'allier à l'Union européenne pour accélérer l'ouverture commerciale des nouvelles routes de la soie, et pour continuer de combattre le réchauffement climatique.

Un plaidoyer très apprécié à Bruxelles, d'autant qu'à son retour d'Asie Emmanuel Macron participera au sommet des pays du Med7 (Italie, Grèce, Portugal, Malte, Chypre, Espagne et France) à Rome: «Cette année 2018 commence bien pour l'UE, c'est un fait», juge un diplomate communautaire. «On nous prédisait une débâcle face au Royaume-Uni au sujet du Brexit, et c'est l'inverse qui a eu lieu. La crise des migrants est moins aigüe. Le comportement erratique de Donald Trump décourage les pays émergents jusque-là inféodés aux Etats-Unis. Nous avons une extraordinaire fenêtre de tir.»

C’est le moment ou jamais de prendre des décisions sur le budget de l’Union, sur la réforme de la zone euro, et sur la défense de la libre-circulation des personnes

Giles Merritt, animateur de l’observatoire

Les dirigeants de l'UE se montrent néanmoins prudents. Dans les jours prochains, le verdict tombera au sujet du futur gouvernement allemand, et l'on saura si Angela Merkel est, ou non, en mesure de gouverner l'Allemagne à la tête d'une nouvelle «grande coalition». Autre hypothèque: celle représentée par les législatives italiennes du 4 mars, susceptibles d'accélérer la poussée populiste sur le continent si le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, les régionalistes de la Ligue du Nord et les extrémistes de «Fratelli d'Italia» en sortent renforcés.

Il n'empêche: dix ans après le début de la crise financière de 2008, l'exécutif communautaire a l'avantage du calendrier d'ici aux prochaines élections européennes de juin 2019. «Le moment est venu de prendre des décisions sur le budget de l'Union, sur la réforme de la zone euro, et sur la défense de la libre-circulation des personnes, confirme Giles Merritt, l'animateur de l'influent observatoire Friends of Europe. Dans un an, l'opportunité aura été gâchée. C'est le moment ou jamais.»

Une croissance supérieure à 2%

Le plus sûr carburant de ce réveil européen est l'économie. Une décennie après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008 et à quelques jours du Forum de Davos, les indicateurs sont presque tous positifs. Le niveau d'emploi de la zone euro a retrouvé, depuis l'an dernier, son étiage d'avant crise. La croissance des dix-neuf pays qui la composent devrait à nouveau être supérieure cette année à 2%. La monnaie unique a gagné depuis mai 2017 près de 8% face au dollar. L'Espagne et le Portugal sortent de l'ornière.

La Grèce, toujours malade, respire mieux. «Les perspectives n'ont jamais été aussi positives depuis longtemps, explique-t-on à l'institut économique européen Bruegel. La confiance est revenue.» La Commission Juncker est aussi jugée plus efficace: «Tout est devenu plus vertical. Les principales décisions communautaires sont prises par quelques-uns, explique un autre diplomate. Le collège des commissaires est beaucoup moins désordonné qu'avant. Mais cela a une vertu: les décisions tombent vite. Plus politique, la Commission est aussi plus réactive.»

Un front anti-Bruxelles divisé

L'autre chance de l'UE demeure, en ce premier semestre 2018 sous présidence tournante bulgare, les divergences entre les mouvements populistes, souverainistes et europhobes. Sur le papier, l'Europe centrale et orientale est en état de quasi insurrection anti-communautaire. Retranché derrière sa clôture anti-migrants construite l'an dernier, le premier ministre hongrois Viktor Orban, grand détracteur de Bruxelles, parait bien placé pour l'emporter aux législatives attendues en avril ou mai prochain.

La Pologne gouvernée par le parti Droit et Justice a promis de ne pas céder, après sa réforme controversée du système judiciaire, qui a entrainé l'activation par la Commission de l'article 7, susceptible de conduire à la suspension de ses droits de vote. Le nouveau premier ministre tchèque, le milliardaire Andrej Babis, espère une ouverture de la part du jeune Chancelier autrichien Kurz, allié au parti d'extrême-droite FPÖ...

Problème: ce front anti-Bruxelles est divisé. Les malheurs britanniques du Brexit inquiètent. L'impasse de la sécession catalane ou l'intransigeance vis à vis de la Suisse font réfléchir. Les vieilles rancœurs nationales reprennent le dessus: «Le propre des nationalistes est de ne pas parvenir à s'entendre juge le politologue bulgare Ivan Krastev, auteur du «Destin de l'Europe» (Ed. Premier parallèle). A mon sens, le grand défi européen de 2018 n'est pas ce qui se passe à la périphérie de l'UE. C'est l'Allemagne et la France qui gardent les clefs de la maison. Or si Angela Merkel se maintient au pouvoir, cette locomotive franco-allemande aura, en 2018, les moyens d'avancer.»

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