Discorde

L'Europe se déchire, Macron esquive

Tout semble prêt pour un sommet européen de la discorde sur les migrants, les 28 et 29 juin. Emmanuel Macron y semble résolu 

Une phrase choc a vite remplacé l'autre. Mardi, Emmanuel Macron avait dénoncé le «cynisme» et «l'irresponsabilité» de l'Italie, après la décision de Rome de laisser accoster l'Aquarius et ses 629 migrants à bord, secourus en mer. Changement de cap mercredi: c'est sur le terrain social et domestique le président français a choisi de capter l'attention des médias avant de s'exprimer, à Montpellier, lors du 42e congrès de la Mutualité. «En matière sociale, la solution n'est pas toujours de dépenser plus d'argent» a-t-il martelé, après avoir laissé fuiter une vidéo le montrant au palais de l'Elysée en train de sermonner ses conseillers sur «le pognon de dingue mis dans les minima sociaux alors que les gens ne s’en sortent pas». Manière, aussi, de ne pas se laisser accaparer par la polémique migratoire..

La réalité est que la France s'attend au pire lors du sommet européen des 28 et 29 juin, que le chef de l'Etat préparera lors d'une rencontre avec Angela Merkel le 19 juin pour un conseil des ministres franco-allemand organisé au château de Meseberg, dans le Brandebourg. D'ores et déjà, le refus italien de laisser accoster l'Aquarius, et la passivité coupable de la France qui n'a pas immédiatement proposé un port de rechange comme Marseille ou Sète (seules les autorités régionales corses se sont avancées, mais en proposant un accueil temporaire des passagers) ont accouché d'une crise diplomatique entre les deux pays.

Complexité et frilosité 

L'Espagne, qui a proposé d'ouvrir le port de Valence, se retrouve également coincée, entre les bravos humanitaires et les inquiétudes sur ce que son geste pourrait entraîner. «Avons-nous une solution de rechange au droit maritime, qui prévoit l'accueil au port le plus proche? Non. Sommes-nous capables de nous entendre pour soulager enfin les pays de premier accueil portuaire en relocalisant immédiatement les migrants? Pas sûr. Pouvons nous faire accepter l'accueil portuaire à nos opinions publiques? Difficile. Bref, on est enlisés» résume une source française.

Une autre complication a, en plus, surgi mercredi avec la publication par Le Monde d'un avis du Conseil d'Etat français, favorable au rejet pour inconstitutionnalité de toute tentative de réforme du droit d'asile qui permettrait de débouter des migrants s'ils sont originaires de «pays sûrs». «Un règlement européen qui imposerait à la France, et plus précisément à l’Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides], de rejeter comme irrecevable une demande d’asile au motif qu’un pays peut être regardé comme un pays tiers sûr pour le demandeur (…) ne serait pas conforme à la Constitution de 1958. Laquelle prévoit que tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République», note l'avis de l'organisme chargé de conseiller le gouvernement sur le plan juridique. De quoi donner du grain à moudre aux avocats.

Accélérer les procédures

Comment en sortir? Paris compte sur Berlin pour convaincre la présidence tournante autrichienne de l'UE (du 30 juin au 30 décembre) de faire adopter au plus vite les règlements communautaires en discussion pour donner plus de pouvoirs à l'agence de protection des frontières extérieures, et pour réduire les délais et uniformiser de traitement des demandes d'asile dans les pays membres. L'objectif est clair: tout faire pour éviter que les migrants débarqués susceptibles d'être déboutés de l'asile ne prennent pied de ce côté-ci de la Méditerranée.

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