Les mots pèsent de tout leur poids. Reçu mercredi à Bruxelles par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le commissaire chargé de l'Elargissement, Olli Rehn, le président serbe, Boris Tadic, et le premier ministre, Mirko Cvetkovic, se sont bien gardés de comparer la crise du Kosovo à celle des républiques séparatistes de Géorgie, reconnues par la Russie le 26 août.

«Nous ne reconnaissons pas la déclaration unilatérale d'indépendance, a déclaré le président à propos de l'ex-province serbe. Mais nous n'engagerons aucune action agressive ou blocus. Notre priorité est que le droit international soit respecté. Et que la stabilité du sud-est de l'Europe soit assurée.»

Venant de la part du chef de l'Etat serbe, conforté par sa victoire aux élections législatives de mai 2008 sur une plate-forme proeuropéenne, cette clarification est cruciale pour les Vingt-Sept. Alors que la Russie prend sans cesse la partition de la Serbie en exemple pour justifier son intervention dans les républiques géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, beaucoup à Bruxelles craignaient que Belgrade ne renchérisse sur la crise du Caucase, et n'attise les divisions communautaires.

Plusieurs pays de l'Union, tels que Chypre (divisée depuis 1974), l'Espagne (en prise avec la Catalogne et le Pays basque) ou la Slovaquie et la Roumanie (confrontées à leurs minorités hongroises), refusent en effet toujours toute relation diplomatique avec le Kosovo, dont l'UE a parrainé l'accession à l'indépendance en février. La Slovaquie envisage même de refuser l'entrée de son territoire aux détenteurs de visas Schengen apposés sur les nouveaux passeports kosovars.

Mais, entre Bruxelles et Moscou, Boris Tadic et ses partisans semblent avoir tranché. Le parlement serbe a entamé hier les débats sur la ratification de l'Accord de stabilisation et d'association (ASA) avec l'UE. Et, avec José Manuel Barroso, les conversations ont avant tout porté sur la volonté de la Serbie d'obtenir le statut de pays candidat dès 2009. «Notre intégration européenne et la question du Kosovo sont deux sujets parallèles, a clarifié le chef de l'Etat serbe. Nous ne ferons rien contre nos intérêts.» La Serbie compte obtenir fin septembre le feu vert des Nations unies à un examen par la Cour internationale de justice (CIJ) de la proclamation d'indépendance de son ex-province à majorité albanaise.

Statut de candidat en 2009

La Commission européenne de son côté a fait plus que prendre acte. L'arrestation le 22 juillet à Belgrade de l'ex-leader serbe de Bosnie Radovan Karadzic, qui comparaît actuellement au Tribunal pénal international de La Haye pour crimes contre l'humanité, a radicalement changé la donne même si son alter ego, l'ex-général Ratko Mladic court toujours. «Les Vingt-Sept doivent tirer les conséquences de cette étape décisive. Accorder à la Serbie le statut de candidat en 2009 est possible», a répondu José Manuel Barroso, en saluant «l'approche pragmatique désormais possible sur le Kosovo». La coopération rapprochée entre pays des Balkans désireux d'intégrer l'UE, et la facilitation des visas et des échanges, est perçue à Bruxelles comme la meilleure réponse aux conflits territoriaux. «Votre rêve européen peut devenir réalité», a assuré José Manuel Barroso à ses interlocuteurs serbes.