Ce lundi, le Metropolitan Opera va accueillir au Lincoln Center à Manhattan et pour la première fois «La Mort de Klinghoffer», un opéra basé sur l’histoire réelle de la prise en otage du bateau de croisière l’Achille-Lauro en 1985 par des terroristes du Front de libération de la Palestine. Ces derniers exécutèrent Leon Klinghoffer, un retraité juif américain handicapé qui se déplaçait sur le bateau en chaise roulante.

Le bariton de l’opéra a été qualifié de «fasciste» par l’un des manifestants, d’autres ont menacé de brûler les décors. Lundi, l’ex-maire de New York Rudolf Giuliani a annoncé qu’il serait à la tête d’une manifestation aux côtés de plusieurs politiques dont l’ex-gouverneur républicain George Pataki et le sénateur Peter King. Les protestataires estiment que l’oeuvre est antisémite et anti-israélienne. Certains voient en elle de la propagande nazie ou une apologie du terrorisme. Elle a pourtant été acclamée et présentée à diverses reprises par le passé. Le débat au sein de la communauté juive de New York est vif. Face aux fortes pressions, le Metropolitan Opera a fini par renoncer, en juin dernier, à un projet visant à diffuser en direct et en haute définition dans 67 pays et plus de 2000 salles l’opéra controversé.

Il faut remonter à 1907 et à «Salomé» de Strauss, rappelle le New York Times, pour assister à une telle levée de bouclier. «La Mort de Klinghoffer» intervient il est vrai dans un contexte de profonde instabilité. La récente guerre de Gaza où plus de 2000 Palestiniens et quelque 70 Israéliens ont été tués a enflammé le débat aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Sur le Vieux-Continent, le conflit a une nouvelle fois été importé, tendant fortement les relations entre les populations musulmanes et juives de France, d’Allemagne ou de Grande-Bretagne. Les actes antisémites se sont multipliés. La présentation de l’opéra d’Adams intervient aussi à un moment où Israël, de plus en plus isolé sur la scène internationale, traverse une profonde crise d’identité. Si de nombreux Juifs français ont décidé de faire l’alyah, la montée en Israël face à ce qui’ils considèrent comme un antisémitisme rampant, de jeunes Israéliens fatigués par l’insécurité et les problèmes économiques d’Israël ont en revanche décidé d’émigrer en Allemagne et notamment à Berlin.

Le critique musical du New York Times, Zachary Woolfe n’hésite pas à parler de chef d’oeuvre en termes d’opéra. Les voix de ceux qui incarnent les terroristes palestiniens sont belles, poursuit-il, et peuvent prêter à confusion sur le message qu’elles pourraient véhiculer. Il souligne que l’opéra ne suscita que peu de remous à ses débuts et même lors de présentations aux Etats-Unis, notamment à l’école d’art Juilliard à New York en 2009 et à l’opéra de St-Louis en 2011 où il fut plutôt l’occasion d’un dialogue interreligieux. A New York, une manifestation a déjà été organisée le 22 septembre dernier. Le rabbin Avi Weiss le déclare dans la vidéo ci-dessous. «Cet opéra est obscène.»