Il n'y aura pas de spots publicitaires à la télévision. Ni d'affiches sur les boulevards des grandes villes de l'Union européenne. Tout au plus les ambassades de Sa Gracieuse Majesté serviront-elles de l'angus beef à leurs invités au cours des barbecues de l'été. Le bœuf britannique reprend ce dimanche le chemin de l'exportation après avoir été banni des assiettes du monde entier en 1996 pour cause de maladie de la vache folle.

La levée de l'embargo sur les exportations de viande bovine britannique marque la fin de trois ans de relations tumultueuses entre le Royaume-Uni et ses partenaires des Quinze. Le blocus avait été imposé en mars 1996 après que Londres eut reconnu la possibilité d'un «lien probable» entre l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et la maladie de Creutzfeld-Jakob, une affection du cerveau mortelle chez l'homme.

La décision avait provoqué l'ire du gouvernement conservateur alors au pouvoir. Furieux, John Major avait décrété la «guerre du bœuf» avec Bruxelles en demandant à ses ministres de voter systématiquement contre toute nouvelle décision européenne. Une politique d'obstruction à laquelle Londres a mis fin en juin 1996 après avoir obtenu l'assurance que l'embargo serait levé sous certaines conditions.

Trois ans plus tard, et après l'incinération de millions de vaches, le cordon sanitaire se desserre enfin. La levée du blocus a été décidée en novembre dernier par les Quinze, malgré l'opposition de l'Allemagne et les hésitations de la France, de l'Espagne, de l'Autriche et du Luxembourg. Mais il a fallu que la Commission européenne procède au printemps à d'ultimes inspections sur place pour décréter le 14 juillet que «les autorités britanniques ont pris toutes les mesures permettant d'offrir les garanties nécessaires à la santé publique».

La crise de l'ESB n'est pourtant pas totalement maîtrisée, même si l'épizootie a régressé de façon spectaculaire: 2000 cas devraient encore être recensés en 1999 contre 175 000 au cours des dix dernières années, et Londres espère avoir éradiqué la maladie d'ici à 2002. La Commission de Bruxelles a donc pris un certain nombre de précautions. Seule la viande désossée – et non les bœufs vivants – provenant de bovins nés après le 1er août 1996 (les farines animales, considérées comme le principal vecteur de l'ESB, sont interdites depuis dans l'alimentation du bétail) peut à nouveau être exportée.

Elle doit provenir de bovins âgés entre 6 et 30 mois (l'ESB ne se développe pas avant 30 mois). Ils doivent être nés d'une mère exempte de la maladie et ayant survécu au moins 6 mois après la naissance du veau. Un système informatisé a été mis en place pour «tracer» les bêtes qui disposent désormais d'un «passeport». Enfin, la viande doit avoir été traitée dans des abattoirs spécialement équipés. Dans ces conditions, «peu d'exploitations pourront exporter à nouveau», explique le porte-parole de la Commission dans un souci manifeste de rassurer les consommateurs alors qu'entre-temps, le bœuf portugais a lui aussi été frappé d'embargo.

Car sur le continent, le british beef suscite encore la méfiance. Un peu partout en Europe, autorités, éleveurs et associations de consommateurs se sont élevés contre une mesure jugée irresponsable et prématurée. L'Union française des consommateurs est allée jusqu'à porter plainte devant la Commission contre le Royaume-Uni pour ses «manquements». Face à ce scepticisme, les producteurs britanniques ont choisi de faire profil bas, sachant qu'il faudra des années pour regagner la confiance du public. «La première année, nous pensons exporter 5000 tonnes de bœuf, soit 2% de ce que nous faisions avant la crise de l'ESB», affirme un dirigeant de la Meat and Livestock Commission. L'organisme des professionnels britanniques a décidé de ne pas lancer de campagne de publicité pour reconquérir ses principaux marchés – France, Italie, Pays-Bas et Afrique du Sud: ils absorbaient l'essentiel des 520 millions de livres (1,250 milliard de francs) d'exportations annuelles avant l'embargo.

Quoi qu'il en soit, si la demande risque d'être limitée, l'offre le sera également. Un seul abattoir, le St Merryn Meat dans les Cornouailles (sud-ouest), a procédé jusqu'ici aux investissements lui permettant de se conformer aux exigences européennes. Comme en Irlande du Nord du reste. L'embargo y a été levé en mars 1998. Mais les exportations ne se font depuis qu'au compte-gouttes.