«La levée de l’état d’urgence fait partie de mesures visant à trouver une solution pour le pays», a affirmé premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva à la fin d’une session nocturne au Parlement. «Le gouvernement veut montrer sa sincérité et son désir de réconciliation (nationale) pour faire avancer le pays», a-t-il ajouté.

Un peu plus tard, son porte-parole, Panitan Wattanayagorn, a confirmé que toutes les mesures d’exception liées à l’état d’urgence avaient été levées vendredi à 1H00 du matin (jeudi 18H00 GMT).

Pression des milieux d’affaires

«Le gouvernement répètera cette annonce toute la journée à la radio et à la télévision», a-t-il dit à l’AFP. Les autorités étaient depuis plusieurs jours sous la pression intense des milieux d’affaires et des responsables du tourisme qui leur demandaient de lever l’état d’urgence au plus vite pour rassurer les investisseurs et les voyageurs étrangers.

La compagnie Thai Airways aurait ainsi enregistré une chute de 20% des réservations, principalement de Chine, de Corée du Sud et du Japon, depuis la proclamation de l’état d’urgence.

Mais le débat spécial organisé mercredi et jeudi au Parlement a montré que la Thaïlande était toujours aussi divisée entre partisans et adversaires de l’ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, et que le fossé politique et social était loin d’être comblé.

Entre le 26 mars et le 14 avril, le royaume a été le théâtre de nouvelles manifestations antigouvernementales qui ont entraîné l’annulation d’un sommet asiatique à Pattaya, la proclamation de l’état d’urgence à Bangkok et la répression par l’armée dans la capitale de milliers d’opposants, surnommés les «chemises rouges».

L’état d’urgence avait été proclamé par M. Abhisit (44 ans), Premier ministre depuis décembre, pour permettre aux forces militaires de mettre un terme à plusieurs jours de violence et d’anarchie qui ont fait au moins deux morts et 123 blessés, selon un bilan officiel.

Des mandats d’arrêt ont été lancés contre les principaux leaders du mouvement des «chemises rouges», dont M. Thaksin, pour incitation aux désordres. Certains ont été arrêtés et incarcérés, d’autres sont en fuite et affirment que le mouvement de protestation pourrait reprendre dans la clandestinité.

M. Thaksin, homme d’affaires de 59 ans, a été renversé en 2006 par des généraux royalistes et vit en exil pour échapper à une condamnation dans son pays pour corruption.

L’ex-premier ministre reste toutefois populaire parmi les couches défavorisées de la population, notamment dans les régions rurales du Nord. Il est, en revanche, détesté par les élites traditionnelles et l’aristocratie de Bangkok.

Au delà de la personnalité controversée de M. Thaksin, les troubles politiques en Thaïlande revêtent de plus en plus une dimension sociale, les couches défavorisées estimant ne pas bénéficier des fruits du développement économique, contrairement à l’époque où M. Thaksin était au pouvoir (2001-2006).