Iran 

Levée des sanctions contre l'Iran: cinq secteurs qui vont être bouleversés 

Le retour de l'Iran sur la scène internationale va avoir très vite des conséquences directes, dans un pays qui compte 80 millions de citoyens formés et désireux de consommer

C’est dans la soirée du 16 janvier que l’Agence internationale de l’énergie atomique a officiellement estimé que l’Iran avait bien rempli ses engagements de démilitarisation de son programme nucléaire. Trois séries de sanctions ont donc commencé à tomber, des sanctions adoptées à l’ONU et surtout celles, plus dures, des Etats-Unis et des Européens. Même les sanctions secondaires américaines vont disparaître (rappelez-vous, quand BNP Paribas a dû payer 9 milliards de dollars en 10 ans aux Etats-Unis pour avoir fait des affaires avec Téhéran).

Les conséquences géopolitiques et économiques de cet «Implementation day» sont immenses, l’Iran étant une puissance de premier plan, une république chiite expansionniste, avec d’immenses réserves de pétrole et 80 millions de citoyens bien formés et rêvant de consommer. Le point sur cinq secteurs que la résurrection de l’ex pays paria va bouleverser.


DIPLOMATIE

Le retour en grâce de l’Iran inquiète l’Arabie saoudite et Israël

Le retour en grâce des mollahs sur la scène internationale n’est que le dernier épisode d’une recomposition diplomatique régionale entamée après le 11-Septembre et accélérée par les Printemps arabes et leurs sanglantes dérives. En pleine transition, il est devenu plus difficile de distinguer les pays alliés des pays ennemis.

Les Occidentaux ont besoin des Iraniens pour lutter contre l’Etat islamique et en finir avec la guerre en Syrie qui jette par millions des réfugiés sur leurs routes; accessoirement, la crise économique a redoré le blason de l’Iran, un des derniers grands marchés du monde à conquérir. Ce mouvement vers l’Iran s’est effectué au détriment des Saoudiens, pointés du doigt pour leur wahabbisme intransigeant, terrifiés d’être encerclés par des chiites hégémonistes, aux ressources financières en chute et écoutant de moins en moins Washington l’infidèle. Le grand retour des Iraniens tétanise aussi Israël, dont l’existence n’est toujours pas admise et acceptée par tous les acteurs politiques iraniens: pas étonnant que les relations Etats-Unis- Israël soient glaciales depuis des mois. Enfin le jeu trouble de la Turquie, membre de l’OTAN mais qui a longtemps jugé plus important de lutter contre les Kurdes plutôt que contre les djihadistes de l’EI, achève de diluer les alliances traditionnelles.

La situation est d’autant plus mouvante que les Etats-Unis élisent leur nouveau président à la fin de l’année, et que les Républicains sont vent debout contre la diplomatie de Barack Obama.


COMMERCE INTERNATIONAL

Des dizaines de milliards pour relancer la machine économique

Selon des experts, dix années de sanctions auraient coûté 480 milliards de dollars à l’Iran, l’équivalent d’une année de PIB. Bien sûr, on pouvait trouver iPhone, pièces détachées de voitures et autres machines à laver au grand bazar de Téhéran. Mais il s’agissait de commerce illégal, de marché noir et donc de taxes qui échappaient aux pays exportateurs malgré eux comme aux Iraniens. Les échelles vont changer. Malgré les sanctions le pays émargeait encore en 2014 à la 29e place mondiale pour le revenu par habitant, un exploit vu le chômage, l’inflation à deux chiffres et l’industrialisation du pays très en retard. Les Etats-Unis sanctionnaient même les entreprises étrangères qui auraient voulu négocier avec l’Iran.

Cela, c’était avant. Les investissements et le commerce sont désormais de nouveau autorisés pour ce qui concerne la pétrochimie, les métaux, les transports, la construction navale, la banque, les assurances et autres services. Le secteur bancaire iranien va être reconnecté au monde via le système SWIFT, un soulagement pour tous les Iraniens qui travaillaient déjà avec l’extérieur et qui se débrouillaient jusqu’ici via des comptes ouverts dans les pays du Golfe (exportateurs de tapis, de caviar, de pistaches, hôteliers…). Une porte enfin ouverte aux industriels du monde entier, rêvant d’exporter avions, voitures, usines et autres produits agroalimentaires. Cette seule réintégration dans le système financier universel rapporterait entre 0,75 et 1% de PIB.

L’Iran va aussi récupérer 32 milliards de dollars de ses avoirs bloqués dans les banques internationales, a annoncé le président de la banque centrale. C’est moins que les 50 milliards annoncés par certains experts, mais ces liquidités nouvelles vont permettre au pays d’importer et de relancer la machine économique, même si à l’intérieur du régime, tout le monde n’est de loin pas d’accord sur la façon d’utiliser cette manne. La Turquie espère doubler son commerce avec l’Iran dès cette année, d’autres pays voisins de l’Iran craignent en revanche que la puissance chiite utilise son argent pour financer la guerre et le terrorisme hors des frontières du pays. Le PIB devrait augmenter de 4 à 5,5% et en 2016, et en 2017 selon les analystes.

Du côté des Européens et des Américains on se frotte les mains. Airbus serait en pourparlers pour vendre 114 appareils aux Iraniens, dont la flotte est vieille et manque de pièces détachées. Boeing aussi est sur les rangs. Du côté des constructeurs automobiles, on se bouscule aussi. La République islamique ambitionne de produire 3 millions de voitures d’ici à 2020, les Français qui ont détenu jusqu’à un quart du marché iranien, espèrent profiter de leur ex-bonne image de marque (Peugeot IranKhodro). Siemens aurait des vues sur la rénovation du système ferroviaire. Enfin les infrastructures pétrolières obsolètes doivent aussi être modernisées: des marchés gigantesques. Qui n’échapperont pas à la corruption, massive en Iran dans les milieux d’affaires.


PÉTROLE

Les consommateurs salivent, mais tout le secteur tremble

L’Iran a les quatrièmes réserves de pétrole les plus importantes du monde après le Vénézuela, l’Arabie Saoudite et le Canada, et les deuxièmes réserves de gaz du monde, selon le FMI. La situation est donc attentivement suivie en Suisse, plaque tournante du commerce mondial de l’or noir avec des acteurs majeurs comme Vitol, Glencore ou Trafigura.

L’Iran a les quatrièmes réserves de pétrole les plus importantes du monde après le Vénézuela, l’Arabie Saoudite et le Canada, et les deuxièmes réserves de gaz du monde, selon le FMI. La situation est donc attentivement suivie en Suisse, plaque tournante du commerce mondial de l’or noir avec des acteurs majeurs comme Vitol, Glencore ou Trafigura.

Le prix du brut qui a chuté de 70% en 18 mois devrait s’effondrer encore davantage avec l’arrivée sur le marché de l’or noir iranien: trois jours après l'«Implementation day», le baril est d’ailleurs passé sous la barre des 28 dollars, plus bas prix depuis 12 ans. La production iranienne devrait passer de 1,1 million de barils de brut par jour à 1,6 million avant la fin de l’année, et pourrait encore augmenter ensuite (avant 2012 et les sanctions européennes, le pays produisait 2,5 millions, voire 4 millions de barils avant 2010). Les prix resteront donc bas d’autant que l’Arabie Saoudite, grand rival de l’Iran aussi pour le pétrole, n’a pas l’intention de réduire sa production, pour garder ses parts de marché et lutter contre le gaz de schiste américain: les Etats-Unis sont devenus les premiers producteurs mondiaux de brut, le Congrès vient même d’autoriser l’exportation de pétrole américain, pour la première fois depuis 40 ans. Ces prix bas sont un handicap pour l’Iran qui a besoin de se reconstruire.


TOURISME

Iran, une destination branchée… sous conditions

Oui, le monde des voyages va changer. Le tourisme va se développer vers l’Iran, déjà proclamé Destination de l’année en 2014 par le Financial Times. Le pays est magnifique, de Chiraz à Ispahan ses trésors archéologiques et culturels font rêver, les Iraniens sont réputés pour être très chaleureux et accueillants, et si le port du voile et l’interdiction de l’alcool en rebuteront plus d’un, comme les hôtels souvent vieillots, d’autres remarqueront que son régime politique dictatorial et sa police omniprésente en font un pays extrêmement sûr, sans attentat.

Un bémol cependant: les voyageurs pour l’Iran doivent savoir que depuis fin décembre, ils devront faire une demande de visa s’ils veulent ensuite se rendre aux Etats-Unis. Le sujet a été peu médiatisé, mais le Congrès américain a en effet adopté peu avant Noël dans une grande loi fourre-tout un texte (HR 158) qui supprime l’exemption de visa («Visa waiver») pour les ressortissants de plusieurs pays, pour tous les doubles nationaux iraniens et notamment pour tous les voyageurs, Européens compris, s’étant rendus en Iran ces cinq dernières années.


GASTRONOMIE

Des pistaches et du caviar à gogo…?

Difficile à accepter pour les jeunes Iraniens presque toujours bons anglophones, férus de nouvelles technologies et ouverts sur le monde: les tapis et les pistaches demeurent encore aujourd’hui les deux principaux produits d’exportation de leur pays, après le pétrole. Il faut dire que les pistaches iraniennes sont délicieuses, longues et goûteuses, un ingrédient de choix qui explique les prix élevés pratiqués. Les noix qui ont fait la fortune de la famille Rafsandjani entre autres sont pourtant l’objet de sanctions avec intermittence depuis la Révolution iranienne de 1979.

A l’heure actuelle, il est interdit d’importer des pistaches iraniennes en Europe ou aux Etats-Unis, au grand dam de l’importante communauté irano-américaine; les pistaches iraniennes que l’on trouve quand même ont la plupart du temps transité par la Turquie. Cela aussi va donc changer – l’Iran rivalise avec les Etats-Unis pour le titre de premier producteur de pistaches au monde. Les prix qui ont augmenté de 40% ces 5 dernières années, ne sont pourtant pas sûrs de baisser: la précieuse petite noix certes va de nouveau être autorisée à l’exportation, mais est touchée par un champignon dit-on. Le safran et le caviar font partie des autres mets précieux qui vont être de nouveau exportés sans barrières.

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