Au terme d’un procès expédié, le couperet est finalement tombé sur Wang Lijun, l’homme qui a déclenché l’une des sagas politico-judiciaires les plus singulières de l’histoire du Parti communiste chinois. L’ex-chef de la police de la plus grande ville du pays (Chongqing, 30 millions d’habitants) a été condamné lundi à 15 ans de réclusion pour «abus de pouvoir, détournement de la loi, corruption et défection».

Tout commence lorsqu’en février Wang se réfugie dans le consulat des Etats-Unis à Chengdu. L’histoire qu’il raconte aux diplomates défie toute vraisemblance: Gu Kailai, l’épouse de Bo Xilai, chef du PC de Chongqing et membre du politburo, aurait assassiné un homme d’affaires britannique avec qui elle était en cheville, Neil Heywood. Washington rejette sa demande d’asile, et il se constitue prisonnier le lendemain. Le meurtre est bien réel au dire des autorités, qui ont condamné Gu Kailai à la peine de mort avec «sursis de deux ans». Wang aurait tout d’abord accepté d’aider Gu Kailai à tuer Heywood. Il envisageait de cacher de la drogue dans ses bagages, puis de l’abattre pour délit de fuite. Wang Lijun est un téméraire. A Chongqing, son enthousiasme presque pervers à pratiquer des autopsies sur les criminels exécutés restera ancré dans les mémoires.

Giflé par son maître

Lorsqu’en novembre 2011 Gu Kailai prend les devants et empoisonne Heywood – que beaucoup soupçonnent d’avoir été un porte-valise devenu trop gourmand –, Wang Lijun recueille ses aveux et décide dans un premier temps de couvrir l’affaire. Bras droit de Bo Xilai, Wang fait pratiquement partie de la famille. Officiellement, l’Anglais décède ivre mort, et l’histoire aurait pu en rester là. Wang prend toutefois la précaution de conserver des échantillons de sang de la victime. Quelques mois plus tard, rien ne va plus entre Wang et le leader de Chongqing. Selon la version officielle, le super-flic déballe l’histoire du meurtre à Bo Xilai… qui le gifle. C’est alors que Wang court se réfugier au consulat américain. Plusieurs hommes de pouvoir à Pékin voulaient depuis longtemps se débarrasser de Bo Xilai.

Ceux-ci avaient déclenché en amont une enquête pour corruption visant son entourage: sa femme Gu Kailai et Wang Lijun. C’est pour cette raison que Gu Kailai aurait décidé de tuer l’Anglais qui en savait trop sur ses comptes à l’étranger, tandis que Bo Xilai aurait «lâché» Wang Lijun pour se protéger. Désormais, le sort de Bo Xilai, déchu de ses fonctions en mars, ne saurait attendre.