Alors que le corps de Yasser Arafat a été exhumé pour qu’une enquête puisse révéler s’il a été assassiné, d’autres morts plus récentes occupent les esprits dans la bande de Gaza. Une semaine après la dernière offensive israélienne, qui a fait plus de 160 morts, savoir la vérité sur sa mort n’est pas une priorité pour tous à Gaza.

«Arafat est important, oui, mais son exhumation, pas tant que ça», dit une Gazaouie de 50 ans, assise en famille sur un banc près d’un poster d’Arafat. Le visage du leader en keffieh figure à côté de la mosquée Al-Aqsa avec une citation du leader historique: «Mon rêve ne sera jamais complet sans Jérusalem.» L’affiche est, paraît-il, présente depuis la mort d’Arafat sur la place du soldat inconnu à Gaza-City, et renouvelée quand elle s’abîme. «Les bombes qui tombent régulièrement sur Gaza ou le fait de parvenir enfin à l’unité nationale nous tracassent davantage», poursuit la mère de famille.

«On veut savoir si Arafat a été empoisonné, mais à Gaza, l’essentiel est ailleurs, renchérit Mohamed, 28 ans. Des personnes vivent dehors, leurs maisons et magasins ont été bombardés; des gens sont morts, d’autres souffrent de leurs blessures. Mais évidemment, c’est important de savoir pour son épouse Soha.»

«Je ne vois pas pourquoi tout le monde veut exhumer Arafat», dit Khadija, la sœur octogénaire du défunt, qui est quelque peu surprise de l’intérêt de la presse pour les circonstances de la mort de son frère en 2004. «Le pays doit vivre dans le futur, pas dans la mort.»

Un Gazaoui de 50 ans explique: «Et même si l’enquête prouve qu’il a été assassiné, que fera-t-on? Que pourra faire l’Autorité palestinienne contre Israël?»

Le Fatah inexistant

La sœur d’Arafat confiait aussi: «Il dort, ne l’ennuyez pas. L’important, ce n’est pas le passé, c’est le présent. Que veulent les Palestiniens, qu’est-ce qu’ils veulent faire de leur pays?» L’avenir plus radieux, on le voit sous la forme d’une réussite de la demande de reconnaissance d’un statut d’Etat non membre pour la Palestine à l’ONU et d’une réconciliation entre les deux partis rivaux, le Fatah et le Hamas.

«Arafat n’était pas seulement un grand dirigeant palestinien, mais aussi un grand dirigeant arabe», rappelle Ateef Abu Saif, l’un des responsables du Fatah dans la bande de Gaza. En creux, on entend le discours de la rue: Mahmoud Abbas se prend pour Yasser Arafat, mais n’a rien à voir avec l’icône historique. Son parti, le Fatah, est une source perpétuelle de déception.

Le Fatah est de fait quasi inexistant à Gaza, à cause du manque de charisme du gouvernement en Cisjordanie, mais surtout de la répression du Hamas. Certes, Ateef Abu Saif espère une prochaine réconciliation avec le Hamas, grâce à l’atmosphère d’unité nationale issue de la récente opération de l’armée israélienne.

L’engagement du Fatah dans le processus d’Oslo est considéré par beaucoup à Gaza comme une erreur historique. Cela dit, Yasser Arafat reste toujours une icône très respectée: la figure du grand leader de la résistance, mort en 2004, fait assez l’unanimité, y compris parmi ses opposants de l’époque, comme le Hamas et le Djihad islamique ou même le gauchiste Front populaire de libération de la Palestine, en tant que symbole de la résistance palestinienne. Mais son nom et son visage sont peu présents dans les rues de Gaza, même si tous les passants rencontrés dans la rue ont les mêmes mots à la bouche: «Un père spirituel, un leader exceptionnel, le père de la nation.»

«Peut-être que le Hamas n’aime pas trop avoir sous les yeux cette figure du Fatah, avance Omm Ash­raf, une mère de famille de 25 ans. Et puis les jeunes à Gaza ont d’autres soucis, avec le chômage et tous ces jeunes diplômés sans travail. Les conditions de vie deviennent pour eux plus importantes que la politique.»