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Des touristes visitant "El Valle de Los Caidos", le mausolée de Franco, près de Madrid, août 2018.
© J.J.Guillen/Keystone ©

Dictateur

L’exhumation de Franco divise l’Espagne

L’ancien dictateur espagnol est le dernier dirigeant fasciste d’Europe à reposer dans un mausolée. Le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, a décidé d’en finir malgré les résistances d’une droite restée très conservatrice

Même si le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a choisi le mois d’août pour décider de l’exhumation de Franco, cette mesure hautement symbolique fait beaucoup de bruit, provoquant une profonde division entre les Espagnols. Et réveille les fantômes du passé, dans un pays où la terrible guerre civile (1936-1939) et la longue dictature qui a suivi laissent toujours des traces dans les consciences. A preuve, depuis la décision vendredi de déterrer la dépouille du «Caudillo», quarante-trois ans après son inhumation, le nombre de visiteurs dans son mausolée ne cesse d’augmenter: ces derniers jours, on a pu voir de longues files de voitures se concentrer à l’approche de ce site – l’un des plus visités d’Espagne – en signe de soutien au maintien du statu quo.

«Une décision opportuniste, lâche et revancharde»

«Quelle idiotie de vouloir déplacer la dépouille de Franco, elle n’a jamais dérangé personne!» enrage José Luis Cuadrado, un informaticien de 43 ans venu en famille sur place. «Au lieu de remuer le passé, renchérit Carmen Jiménez, la soixantaine, les socialistes au pouvoir devraient s’occuper de problèmes autrement plus importants, comme l’immigration clandestine, incontrôlée, ou la Catalogne, qui veut briser l’unité de notre pays!» Autant de commentaires qui reflètent bien l’état d’esprit d’une bonne partie de l’Espagne, sociologiquement de droite, pour laquelle une telle mesure vise à renier l’histoire et à discréditer la figure de l’ancien dictateur. «C’est une décision opportuniste, lâche et revancharde», a lâché Francisco Franco, petit-fils homonyme du Caudillo.

Le mausolée de l’ancien homme fort de l’Espagne, construit sur les instructions du dictateur lui-même, n’est pas un endroit quelconque. Situé à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Madrid, en surplomb d’un cirque montagneux, «el Valle de los Caidos» est une basilique souterraine au fond de laquelle le tombeau de Franco, décédé en 1975, a été niché dans une crypte. Chaque année, des dizaines de milliers de touristes, de curieux ou de nostalgiques du Caudillo visitent ce site dominé par une croix en granit de 150 mètres de haut. «En Europe, aucun autre ancien dictateur ne bénéficie d’un mausolée aussi imposant», rappelle le journal en ligne Eldiario.es. «C’est une façon de signifier que l’Espagne n’a pas encore coupé le cordon ombilical avec l’ancien régime, et c’est cela qui est grave.»

Ce n’est pas la seule raison pour laquelle le socialiste Pedro Sanchez, soutenu sur ce sujet par les radicaux de Podemos et par les nationalistes catalans et basques, a pris une décision aussi lourde de sens. Dans le sous-sol du mausolée reposent aussi quelque 33 000 cadavres de combattants de la Guerre civile, jetés pêle-mêle à l’époque, ce qui en fait la plus grande fosse commune du pays. Or l’an dernier, une loi votée à la Chambre basse avait obligé l’exhumation du Valle de los Caidos de «toute personne n’ayant pas été victime de la guerre civile». Franco étant décédé de mort naturelle en 1975, sa dépouille doit donc être extraite du site.

Une décision ferme et un écran de fumée

Au cours des quatre décennies qui ont suivi la chute de la dictature, plusieurs gouvernements avaient promis d’exhumer de ce lieu les restes du dictateur. Cette fois-ci, face à la détermination du chef du gouvernement Pedro Sánchez, plus aucun obstacle ne devrait s’opposer à cette mesure controversée. Soutenu par une majorité parlementaire, le leader socialiste a recouru à un décret-loi. Les descendants de Franco disposent de 15 jours pour indiquer où devra être transféré leur aïeul. La destination la plus attendue est le cimetière de Mingorrubio, dans la commune du Pardo, à 50 kilomètres de là, où la famille du dictateur dispose d’un panthéon.

Comme on s’y attendait, l’abbé du Valle de los Caidos, dont le monastère se trouve juste derrière le mausolée, s’oppose férocement à cette exhumation, tout comme la Fondation Franco, subventionnée par l’Etat et dont la mission est de «défendre le legs et la mémoire» de l’ancien chef d’Etat. Mais, cette fois-ci, leur résistance ne pourra rien contre le décret-loi. D’autant que la Conférence épiscopale – l’Eglise espagnole –, jusqu’alors très belliqueuse sur la question, a laissé entendre qu’elle ne s’opposerait pas à ce transfert.

«Pedro Sanchez tente par ce biais de renforcer son image de leader progressiste, dit le chroniqueur Teodoro Gross. C’est en partie un écran de fumée, lui qui vient de durcir sa politique migratoire, de renoncer à un impôt sur les grandes banques et de blinder la monarchie contre les scandales.» Compte tenu des méandres de la procédure, Franco devrait avoir quitté son mausolée d’ici à décembre.

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