«Oui, je suis au Mali depuis un moment. Mais je ne suis pas inquiète et je ne suis pas inquiétée.» L’ancienne otage française Sophie Pétronin a confirmé mercredi être retournée vivre au Mali, où elle dit être «chez elle». Contrairement à ce qui a pu être annoncé dans la presse mardi soir, l’intéressée ne serait pas portée disparue mais «recherchée» par la gendarmerie malienne en vue d’être appréhendée.

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L’ex-otage s’est d’ailleurs défendue d’avoir agi de manière irresponsable, après que le gouvernement français a vivement critiqué cette décision, mercredi dans la journée. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a dénoncé une «forme d’irresponsabilité» de la part de Sophie Pétronin, vis-à-vis de «sa sécurité» mais aussi vis-à-vis «de la sécurité de nos militaires». «Pourquoi irresponsable? Je suis chez moi ici», a répondu Sophie Pétronin, jointe par téléphone par un correspondant de l’AFP.

«Je me porte bien. Et je suis heureuse d’être là où je suis. Je n’embête personne et personne ne m’embête», a-t-elle dit, semblant confirmer qu’elle vit dans les faubourgs de la capitale Bamako.

Vol Genève – Dakar

Mardi soir, Mediapart a révélé les dessous du retour de Sophie Pétronin au Mali. Installée à Porrentruy avec son fils Sébastien Chadaud-Petronin depuis sa libération, l’ancienne otage veut retourner au Mali pour y retrouver sa fille adoptive, «qu’elle n’a pas vu depuis 1384 jours». Sa santé mentale n’aurait cessé «de se dégrader». Après deux demandes de visa refusé par les autorités françaises puis suisses, Sophie Pétronin aurait finalement réussi à partir depuis l’aéroport de Cointrin au début du mois de mars 2021.

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C’est accompagnée de son fils qu’elle embarque à bord d’un vol reliant la ville du bout du lac à Dakar. Mère et fils se font pourtant rapidement repérer par la police: «Sébastien est fiché dans la base Interpol et Sophie, toujours sur la liste des personnes disparues et recherchée», détaille Médiapart. Devant une police aux frontières «hésitante», le fils de Sophie Pétronin prétexte des vacances au Sénégal, «sa mère a vraiment besoin de retrouver le soleil après un hiver grisâtre passé en Suisse».

35 heures de bus

Le stratagème fonctionne. Une fois au Sénégal, ils prennent un bus «aussi déglingué que bondé» qui, 35 heures plus tard, les dépose au Mali. Reconnue également à la frontière entre le Sénégal et le Mali, Sophie Pétronin n’aurait eu aucun mal à la franchir, invoquant «son désir impérieux» de retrouver sa fille à Bamako.

D’après Médiapart, «les autorités suisses, françaises et maliennes n’ignorent rien de son arrivée». Mais la femme vit «en catimini» et sa présence au Mali reste officieuse. Interrogé sur ce retour, le porte-parole du gouvernement français n’a pas souhaité faire de commentaires.

Message de la gendarmerie malienne

En fin de semaine dernière, la direction de la gendarmerie malienne a donné instruction à toutes les unités de «rechercher très activement» Sophie Pétronin. Les gendarmes ont reçu l’ordre de «l’appréhender et la conduire sous bonne escorte» à la direction de la gendarmerie, selon ce message interne publié sur des réseaux sociaux et authentifié par l’AFP auprès de services compétents.

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Le message signale la présence de Sophie Pétronin aux alentours de Sikasso, dans une région dangereuse située à la frontière du Burkina Faso et où sévissent des bandes armées. Mais aucune confirmation n’avait ensuite été apportée à sa présence dans cette région, d’ailleurs démentie par le trajet qu’elle aurait suivi, selon les informations de Mediapart. L’ambassade de France à Bamako est restée silencieuse sur le sujet.

Les autorités maliennes, pour leur part, n’ont pas répondu aux questions de l’AFP, qui leur demandait si Sophie Pétronin était activement recherchée et si elle pourrait être reconduite à la frontière en cas d’interpellation. «Je ne sais pas si je suis recherchée et pourquoi», a indiqué l’ex-otage française, souhaitant qu’on «laisse [ses] proches tranquilles».

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