Paraître suffisamment sérieux et crédible pour occuper dans dix-huit mois Downing Street. L'obsession de David Cameron, le leader des conservateurs, est évidente. Pendant un discours de plus d'une heure clôturant le congrès annuel des tories à Birmingham, le jeune leader politique a tenté de convaincre la Grande-Bretagne en répondant à une question: a-t-il la stature nécessaire?

«Le changement»

Agé de 41 ans seulement, ancien chargé de communication de grandes entreprises, David Cameron a une expérience politique très limitée. Il n'est député que depuis 2001, et n'a jamais été à la tête d'un ministère. Gordon Brown l'a bien compris quand il a déclaré la semaine dernière, pendant le congrès des travaillistes: «Ce n'est pas un temps pour les novices.» Paradoxalement, la tempête financière renforce le premier ministre en poste, que l'expérience - dix ans ministre de l'Economie - et le ton sobre et ennuyeux font paraître compétent.

David Cameron a répliqué directement hier. Dans un discours très bien mené, rappelant la capacité oratoire de Tony Blair, il a retourné l'argument de Gordon Brown. «Je crois que pour reconstruire l'économie, nous ne devons pas faire dans la continuité mais dans le changement.» Il ajoute, accusant Gordon Brown de la crise actuelle: «Le problème, c'est que nous avons fait l'expérience de son expérience: la hausse massive de la dette, la forte augmentation des impôts.» Mais comprenant que les Britanniques ne lui pardonneraient pas l'impertinence en ces temps turbulents, il a affiché une certaine modestie: «Il n'est pas possible de prouver que vous êtes prêt à être premier ministre. Ce serait arrogant de le prétendre.»

David Cameron s'est donc lancé dans un long discours détaillant son approche politique, quitte à prendre son propre parti à contre-pied. Il refuse de promettre une baisse d'impôts, pourtant une quasi-tradition des conservateurs, et rappelle qu'il n'y a pas de «remède miracle». «Nous allons devoir prendre des décisions difficiles et impopulaires pour le bien du pays à long terme.» Cette annonce, de même que son rejet de l'idéologie néolibérale, populaire parmi la base du parti, lui ont valu des applaudissements à peine polis de la salle.

Cette rupture entre les idées des partisans traditionnels des tories, et celles de David Cameron, vient rappeler une même scission entre Tony Blair et les travaillistes il y a quinze ans. C'est aussi un rappel que le soutien dont le leader conservateur bénéficie à l'intérieur de son parti demeure conditionné à sa popularité dans les sondages. «Les gens ne vont pas applaudir une non-promesse de baisse d'impôts, mais nous comprenons», reconnaît du bout des lèvres Anthony Hind, militant conservateur. Cette attitude sérieuse du leader conservateur cherchait aussi à lui faire gagner en crédibilité. «Le discours était celui d'un homme d'Etat», estime Nigel Haddelston, candidat conservateur dans une circonscription actuellement travailliste.

«Société brisée»

De plus, le showman qu'est David Cameron a su mettre la salle de son côté. Il a été particulièrement applaudi en dénonçant les dysfonctionnements du système de santé, malgré les sommes considérables versées par les travaillistes depuis une décennie. La notion de «société brisée» est également revenue régulièrement, recevant l'approbation des militants, de même qu'une virulente défense de la famille, «le meilleur système social de tous». La longue standing ovation à la fin de son discours était sincère de la part des militants. L'espoir de retourner au pouvoir après une décennie de traversée du désert n'a jamais été aussi réaliste.