Le fardeau des enfants qui cueillent le tabac

Etats-Unis Les conditions de travail des enfants sont jugées inhumaines

Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme

Nausées, vomissements, perte d’appétit, difficultés à respirer, vertiges. Dans un rapport de 138 pa­ges, Human Rights Watch brosse un tableau alarmiste du travail des enfants dans l’industrie du tabac aux Etats-Unis. Des centaines de milliers d’enfants dont l’âge médian est de 13 ans (les plus jeunes ont 7 ans, les plus âgés moins de 18 ans) sont exposés à des conditions de travail qui ne répondent pas aux normes internationales en vigueur.

Le constat est d’autant plus marquant que les Etats-Unis sont le quatrième plus grand producteur mondial de feuilles de tabac. Celui-ci est cultivé dans dix Etats, mais 90% de la production se concentre dans le sud, en Caroline du Nord, dans le Kentucky, en Virginie et au Tennessee, qui comptent ensemble plus de 13 000 exploitations agricoles cultivant le tabac.

En comparaison, d’autres pays producteurs sont moins laxistes. Le Brésil et l’Inde, les deux plus grands producteurs mondiaux de tabac après la Chine, interdisent certaines tâches jugées dangereuses pour les enfants de moins de 18 ans. Le Malawi, 6e producteur mondial, a des conditions encore plus restrictives. Aux Etats-Unis, où la régulation est souvent un gros mot, le Département fédéral du travail (DOL) avait bien tenté d’imposer des normes similaires appliquées aux autres secteurs de l’économie en souhaitant interdire le recrutement d’adolescents de moins de 16 ans. Mais le lobby agricole américain reste tout-puissant, et les recommandations du DOL furent abandonnées sous la pression des agriculteurs.

L’ONG américaine Human ­Rights Watch, qui a interviewé des centaines d’enfants actifs dans l’industrie du tabac, avant tout pendant les vacances scolaires ou les week-ends, relève que les raisons qui les poussent à accepter de travailler dans des conditions parfois inhumaines sont surtout liées à la précarité dont souffrent les familles dans lesquelles ils grandissent. Pour des mères seules, c’est un apport souvent nécessaire. De nombreux enfants se plaignent de ce que les spécialistes appellent «la maladie du tabac vert». En contact prolongé avec des feuilles de tabac, ils absorbent de la nicotine par la peau. De nombreux cas d’empoisonnement grave ont été constatés, qui ont provoqué des vomissements, des vertiges et des maux de tête. Selon le médecin responsable des questions sanitaires au niveau fédéral aux Etats-Unis, «des preuves montrent que l’exposition à la nicotine durant l’adolescence, une période critique pour le développement du cerveau, peut avoir des conséquences nuisibles durables».

Certains enfants travaillent jusqu’à six jours par semaine à raison de 50, voire 60 heures, parfois sous une chaleur torride. Selon Human Rights Watch, la journée de travail est de 12 heures avec très peu de pauses, mais peut durer jusqu’à 16 heures. La plupart des enfants travailleurs touchent le salaire minimum en vigueur à l’échelle fédérale, soit 7,25 dollars de l’heure. Mais il arrive que des sous-traitants les ayant engagés déduisent de leur salaire l’eau qui leur est fournie sur le lieu de travail. L’exposition aux pesticides est aussi source de préoccupation. Sont surtout utilisés dans cette industrie l’organophosphate et le carbamate. Aucune instruction n’est dispensée pour se prémunir des effets de ces neurotoxines. Il en résulte là aussi des cas de nausées, des vertiges, des douleurs abdominales et des irritations des yeux et de la peau.

La culture du tabac aux Etats-Unis suscite l’intérêt des plus grandes sociétés mondiales, dont British American Tobacco, Philip Morris International, Japan Tobacco et Altria, qui s’y approvisionnent. Human Rights Watch le reconnaît: elles ne sont pas toutes à la même enseigne. Philip Morris par exemple, qui distribue Marlboro, dispose des normes les plus sévères régissant le travail des enfants. Altria, par contre, se repose sur des standards américains qui sont bien moins sévères que ce que prône l’Organisation internationale du travail. L’ONG recommande dès lors à l’administration Obama d’imposer des normes plus sévères et au Congrès de ratifier enfin la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant.

De nombreux enfants se plaignent de ce que les spécialistes appellent «la maladie du tabac vert»