THAILANDE

L'ex-premier ministre thaïlandais rattrapé par la justice de son pays

Deux mandats d'arrêt contre Thaksin Shinawatra et sa femme.

Propriétaire depuis juin du club de foot anglais Manchester City, l'ex-premier ministre et richissime homme d'affaires thaïlandais Thaksin Shinawatra, 58 ans, va devoir bétonner sa défense. N'ayant pas répondu mardi à la convocation à Bangkok de la Cour suprême thaïlandaise, pour répondre de violations des lois anti-corruption, l'ancien magnat des télécommunications et sa femme, en exil à Londres depuis le coup d'Etat du 19 septembre 2006, font depuis hier l'objet de deux mandats d'arrêt. Ils risquent chacun jusqu'à 13 ans de prison.

La plus haute institution judiciaire du royaume a confirmé que si le couple ne se présente pas à une prochaine audience le 25 septembre, leur extradition sera demandée. Une douzaine d'enquêtes sont en cours sur l'acquisition de terrains et la gestion de leurs sociétés par le couple Shinawatra. Au début 2006, la vente par ces derniers de leur conglomérat à la firme singapourienne Temasek, réalisée de sorte à payer le moins d'impôts possible, avait mis le feu aux poudres à Bangkok.

Cette étape judiciaire intervient à un moment clef de la transition politique engendrée en Thaïlande par l'éviction de Thaksin Shinawatra par un putsch sans violence. Les 45 millions d'électeurs thaïlandais sont en effet conviés, dimanche 19 août, à approuver par référendum la nouvelle Constitution rédigée par le parlement intérimaire appointé par le Conseil national de sécurité (CNS), l'instance militaire qui supervise le gouvernement civil de transition dirigé par un ex-chef d'état-major, Surayud Chulanont.

Exil à Londres

Les généraux et leurs partisans, a priori assurés de la victoire du «oui», redoutent un pourcentage élevé de «non» dans les provinces rurales du nord et du nord-est du pays, demeurées fidèles à l'ex-chef du gouvernement, en raison de son image de «gagnant», et de ses politiques populistes de subventions massives aux campagnes. Preuve de la crainte d'un vote de défiance, les autorités de Bangkok ont mis en garde les taxis et les bus privés qui arboraient depuis quelques jours des autocollants hostiles à la nouvelle loi fondamentale. Si la nouvelle Constitution est approuvée, des élections seront organisées sous 90 jours.

Pour Thaksin Shinawatra et son épouse, ce double mandat d'arrêt change radicalement les choses. Depuis son renversement, l'ex-magnat des télécommunications qui avait accédé aux rênes du gouvernement thaï en février 2001, narguait les nouvelles autorités de Bangkok. Depuis Londres, et au fil de ses voyages en Asie, au Japon ou à Singapour, cet ancien officier de police a tout fait pour rester aux avant-postes médiatiques alors que son ex-parti majoritaire, le Thai Rak Thai, a été dissous le 30 mai par la Cour constitutionnelle thaïlandaise et qu'une centaine de ses cadres ont été privés pour cinq ans de leurs droits civiques.

M. Thaksin a ainsi ouvert un site web, destiné à dire «sa vérité» sur le putsch - réalisé alors qu'il se trouvait à l'ONU à New York - et surtout acquis Manchester Citypuis enrôlé comme entraîneur l'ancien sélectionneur anglais Sven Eriksson. Ses adversaires le soupçonnent aussi de financer une nouvelle formation que pourrait diriger un vétéran de l'ultra-droite thaïlandaise, Samak Sundaravej. Les charges criminelles déposées contre lui vont maintenant rendre l'équation plus compliquée. Et favoriser, suggère-t-on à Bangkok, un éventuel compromis financier que l'ex-premier ministre pourrait négocier, en échange de son retrait définitif de l'arène publique.

Publicité